Peter Krištúfek

 

 

The House of the Deaf Man

Traduit du slovaque vers l’anglais par Julia & Peter Sherwood

Prathian Books, 2014 – Publication originale, 2012

Cinéaste réalisateur d’origine slovaque1, Peter Krištúfek fait partie de cette minorité d’écrivains qui, parmi ceux ayant été publiés dans son pays, ont vu le fruit de leur travail traverser la barrière de la langue ainsi que les frontières pour ainsi devenir accessible à un lectorat étranger.  Né en 1973 (Bratislava), il a publié (à ce jour) trois recueils de nouvelles ainsi que trois romans parmi lesquels on compte ‘The House of the Deaf Man’, une œuvre dont le titre s’inspire du nom donné à une maison où Francisco de Goya vécut pendant quelques années2.

Composé à partir d’une documentation apparemment volumineuse3, le roman se présente comme une sorte de saga familiale et traverse, d’une génération à l’autre, près d’un siècle d’histoire.

Tenant compte du minimum de repères culturels et historiques sur la Slovaquie avec lesquels j’aborde cette littérature, la lecture de ce livre m’a donc semblé appropriée.

Le récit s’ouvre en 2004, au moment où le narrateur, Adam Trnovský (né en 1933), se rend à la résidence familiale, -soit celle où son père est né et où lui-même a grandit-, avec l’intention de l’en débarrasser du mobilier et autres effets qui, à l’image de la maison, ont été abandonnés à leur sort. Prétexte et principal cadre du récit (ce n’est qu’à la fin du roman que l’on apprend la raison exacte motivant cette entreprise), au cours des deux jours dont Adam dispose pour faire place nette, sa mémoire se trouvant stimulée par les objets, les odeurs, les sons et divers éléments qu’il croise, submergé par les souvenirs, le narrateur entreprend donc de revisiter son passé.  Substantiel retour s’il en est, tandis que les divers événements qui ont fait sa vie lui reviennent en mémoire et que leurs parts de mystères non élucidés refont surface, ceux-ci nous sont donc dévoilés, telle une multitude de fragments s’alignant au long des années (de même qu’au long des quelques six cent pages formant ce roman).

Dépourvu d’intrigue, le cadre historique et familial ainsi que les divers personnages dont nous suivons l’évolution à distance constituent donc l’unique ‘matière’ cimentant en un ensemble cohérent les divers épisodes auxquels Adam nous convie.

Racontées à un rythme et suivant un débit s’harmonisant bien au contenu, les scènes défilent les unes à la suite des autres et nous dépeignent divers aspects de la vie à une époque donnée. Parallèlement, d’un épisode à l’autre, les personnages vont et viennent, plutôt au gré des circonstances que par suite d’un enchaînement quelconque dans leur parcours individuel, tant et si bien qu’il est difficile pour le lecteur de s’attacher aux pas de l’un ou l’autre des protagonistes.  Idem pour ce qui est du narrateur dont le point de vue m’a semblé quelque peu décalé par rapport au profil d’un homme né en 1933 et dont l’attitude détachée et peu réflective par rapport à sa propre expérience donnent lieu à un personnage auquel on a du mal à adhérer.

Cela étant, rappelant à bien des égard la recette utilisée pour la série télévisée, cet formule (composée d’un enchaînement de tableaux divers), a pour avantage certain de permettre de diffuser un large volume d’informations. Mais si elle fonctionne bien en format télévisuel, une fois transposée en version écrite, elle risque, en l’absence d’un élément liant stimulant la lecture, d’éprouver la motivation de certains lecteurs.

Ambitieux, ce long voyage à travers l’histoire d’une nation vue à travers le filtre d’une histoire familiale remplit donc assez bien ses promesses documentaires et si sur ce plan ‘The House of the Deaf Man’ a su maintenir mon intérêt jusqu’à la fin, les diverses faiblesses dont souffre le roman (auxquelles vient d’ailleurs ajouter un malencontreux épilogue) ont malgré tout quelque peu entamé mon enthousiasme.

 

Notes

1.Précisons que la Slovaquie est un état indépendant depuis janvier 1993. Elle fit partie de la Tchécoslovaquie de 1918 à 1939 puis de 1945 à 1992.

2.Le titre du roman est une traduction littérale de ‘Quinta del sordo’. Goya, dont le père du narrateur de ce roman admirait les œuvres, vécut pendant quelques années à la Quinta del sordo (Espagne), une propriété sur les murs de laquelle l’artiste a peint les fresques appartenant à une série d’œuvres que l’on a appelé ‘peintures noires’. Soulignons par ailleurs que chacune des huit parties composant ‘The House of the Deaf Man’ est identifiée par le titre d’une des œuvres appartenant à cette série  composée de quatorze peintures.

3.Dans la foulée de ce roman, l’auteur a publié un ouvrage ayant pour titre ‘Atlas Zabúdania’ (The Atlas of Forgetting) dans lequel sont consignés divers documents cumulés lors de la conception/composition de ‘The House of the Deaf Man’.

 

 

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