Aravind Adiga

a-adiga

Between Assassinations1

Picador (2008)

Tel qu’annonce le titre original1, les histoires proposées dans ce recueil de nouvelles se déroulent au cours d’une période se situant entre deux assassinats: celui d’Indira Gandhi en octobre 1984 et celui de Rajiv Gandhi en mai 1991.  Mais que l’on se détrompe, au-delà de cette mise en contexte, il n’est aucunement question d’assassinat dans ces récits.

Habilement conçu, le recueil se présente comme un pseudo dépliant/guide touristique proposant un itinéraire de visite s’étalant sur sept jours. Nous découvrons d’abord un plan de Kittur, ville fictive située en bord de mer au sud-ouest de l’Inde (Etat du Karnataka). Par la suite, un court texte énonce quelques généralités au sujet de l’emplacement de cette ville et le tout est suivi par un premier récit se déroulant là où la visite guidée commence (jour 1), soit aux environs de la gare par laquelle le visiteur est normalement entré dans cette ville. Cette séquence, ‘étape de la visite- texte décrivant un site, un détail historique ou d’autres caractéristiques – récit fictif’, est maintenue jusqu’à la fin du recueil qui se termine donc au septième jour de la visite. Enfin, une chronologie des événements importants ayant marqué la ville de Kittur et l’Inde au cours des années 1984-1991 est proposée à la fin du livre.

En tout, quatorze récits et quelques encarts nous introduisent aux divers sites d’intérêt, à l’histoire ainsi qu’à la vie et aux personnalités fréquentant Kittur.

Porteur, livreur, domestique, activiste ou migrant, ils sont 193,432 âmes, homme, femme, jeune ou moins jeune, musulman, hindou ou chrétien, de basse caste ou brahmane; ils sont éduqué, illettré, moyennement aisé, pauvre ou très pauvre; et en dépit des changements sociaux et économiques, des vagues politiques, des lois votées ou des promesses proférées par les dirigeants, tous demeurent inlassablement en quête de subsistance, de survivance ou d’existence; tous se bousculent et tentent de se tailler au jour le jour une place au sein de cette gigantesque machine sociale et économique qu’est l’Inde.

Le contexte politique, présent sans être appuyé, amalgamé à une foule d’autres éléments, participe au quotidien de ces personnages, mais s’ils soulèvent des pierres, -corruption, castes et classes sociales, religions, manigances politiques et dilemmes moraux sont évoqués-, ces récits se classent plutôt dans la catégorie du portrait.

Doté d’un coup de plume vif et assuré, Aravind Adiga décrit, raconte, illustre et met en relief les sujets évoqués de manière fort éloquente. Nourries d’observations fines, les descriptions sont à la fois visuelles et colorées, les images sont évocatrices; les personnages et les lieux sont si crédibles qu’on ne doute pas de leur existence.  Il en résulte un panorama vivant et réaliste.

Figurant parmi les premiers textes de fiction écrits (et publiés) par cet auteur2, les récits composant ce recueil séduisent par leur parfum d’authenticité autant que par l’originalité avec laquelle ils sont présentés.

 

Notes:

  1. Titre de l’édition française: ‘Les Ombres de Kittur’
  2. Bien que ce recueil ait été publié en 2008 et un peu après son premier roman ‘Le tigre blanc’, les nouvelles qu’il contient auraient été composées avant le roman.

 

©2016-17 CarnetsLibres