Daniela Kapitánová

 

 

Samko Tále’s Cimetery Book1

Publication originale, 2000

Traduit du slovaque vers l’anglais par Julia Sherwood (2010)

Garnett Press (2011)

Lu en format numérique

Après s’être fait prédire par Gusto Rúhe, -un clochard ayant la réputation de savoir lire l’avenir-, qu’il écrirait le Livre du cimetière, et suite à une première tentative insatisfaisante, Samko profite du mauvais temps ainsi que d’un arrêt de travail, pour reprendre la plume et tenter une nouvelle fois de se lancer dans l’aventure de l’écriture. Ne sachant guère quoi raconter au sujet du cimetière de sa ville et n’osant pas défier le destin, Samko nous sert un récit qui, suivant le fil ininterrompu de sa pensée, fait état, sans discernement, de tout ce qui lui vient à l’esprit; souvenirs, drames, mystères, accidents, conflits et autres événements nourrissent son discours et dévoilent peu à peu l’existence et l’univers dans lequel évolue le narrateur.

Exerçant depuis plusieurs années le métier de récupérateur de carton, jour après jours Samko pousse son charriot à travers les rues de sa ville en quête de ce matériau qu’il vend ensuite à un intermédiaire. Grâce à son travail, cet homme est non seulement un observateur privilégié mais étant atteint d’une maladie des reins de même que marginalisé par un état dont il n’énonce pas le nom et qui s’apparente aux troubles du spectre de l’autisme, il s’avère un narrateur pour le moins singulier.

Ainsi, de prime abord, c’est la forme narrative en conjonction avec le point de vue adopté qui fait la force et la particularité de ce récit tandis que dans un second temps, entre les lignes de cette pseudo chronique, une réalité se dessine peu à peu.

Agé d’un peu plus de quarante ans au moment où il écrit son livre (on est au milieu des années 1990), Samko a connu la Tchécoslovaquie et le régime communiste dont il a conservé un souvenir particulier. Qui plus est, il a passé toute sa vie à Komárno (ville natale de l’auteur), une ville frontalière ayant la particularité de compter parmi sa population un nombre conséquent de ressortissants hongrois.

Sans concession et surtout sans fard, entre sa passion pour les noms et ses multiples anecdotes, Samko témoigne de ce qu’il observe ainsi que des gens et des événements ayant marqué son existence. Ce faisant il reflète à sa manière les valeurs, les incohérences, les contradictions et plus généralement les mentalités parmi lesquelles il évolue.

De ce bavardage apparemment anodin, il se dégage donc un portrait de société; portrait caricatural, inconsciemment satirique, tantôt comique, tantôt dramatique, qui met en relief la pensée populaire et le quotidien d’une population dont l’identité reste profondément marquée par son histoire. Parallèlement, il illustre comment une nation propulsée dans une énième transition, tente avec plus ou moins de conviction d’intégrer et se conformer à cette autre réalité.

Peu sophistiquée, proche du langage parlé, enrichie d’un phrasé personnalisé et revêtant une forme rappelant le flux de conscience, la prose est d’autant plus en phase avec la voix narrative qu’elle fait corps avec la perspective adoptée.

Ainsi, même si, comme c’est mon cas, on est peu familier avec la culture et l’histoire de la Slovaquie (et que par conséquent l’on risque de ne pas bien saisir toute la portée allusive des observations et autres remarques proférées par Samko), outre le portrait relativement évocateur qu’elle dresse de son pays, le jeu de voix et de perspective auquel s’applique ici la plume de madame Kapitánová, justifie à lui seul la lecture de ce court récit.

 

Notes:

1.Titre de l’édition française: Le livre du cimetière

 

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