Daša Drndić

 

Belladonna

Publication originale, 2015

Traduit du croate vers l’anglais par Celia Hawkesworth

MacLehose Press, 2017

Prévu au programme depuis quelques mois, c’est tout à fait par hasard que ‘Belladonna’ s’est retrouvé sur le dessus de ma pile de livres à lire au moment même où j’apprenais que son auteur venait de nous quitter (juin 2018).

Née à Zagreb en 1946, doctoresse en littérature, Daša Drndić fut enseignante, dramaturge et auteur de nouvelles ainsi que d’une douzaine de romans.

Complété en 2012, ‘Belladonna’ raconte l’histoire d’Andreas Ban, psychologue, guide touristique et écrivain qui, récemment mis à la retraite par l’université où il enseignait depuis quelque temps, se voit ainsi forcé de rejoindre les rangs des rebuts et autres superfétatoires de la société, cela, tout juste avant que la maladie ne finisse par le rattraper.

Pendant qu’Andreas observe la graduelle dégradation de sa chair, pendant qu’il tente de se blinder pour faire face à la déchéance, Andreas Ban revisite certains parmi les recoins les plus sombres de son existence, une existence traversée au sein d’une société fractionnée par les conflits ethniques, balafrée par les guerres, anesthésiée par les politiques, une société à laquelle cet intellectuel réfractaire n’a jamais pu s’intégrer.

Sans intrigue à proprement parler, cette trame fictive sert essentiellement de tremplin, d’exutoire par lequel, à coup de phrases incisives et de documents calibrés, l’auteur s’insurge contre le silence, l’oubli et l’apathie dans lesquels baigne la société Croate, cela, à une époque où, de plus en plus présent, le nationalisme menace de mener le pays sur une voie par laquelle, il y a peu, il est déjà passé. La médecine, l’état, les institutions, les intellectuels, l’art, rien n’est épargné par le discours invariablement acerbe et dénonciateur qui constitue l’essentiel du récit.

Si, de prime abord, l’intention paraît louable, il n’en demeure pas moins que de ce magma de noirceur transpire une telle rancœur qu’elle finit, plus que la structure exubérante du récit, par rendre la lecture pénible.

Morcelé, alternant entre une forme documentaire incluant la réécriture, la citation, la reproduction de photographies et une forme littéraire servie par une prose elliptique, chargée de métaphores, le récit prend éventuellement l’aspect d’une interminable mais élégante complainte, un procès social, une charge à l’encontre de nos sempiternelles laideurs humaines, bref un torrent derrière lequel on pourrait presqu’entendre l’auteur lancer un long cri de rage mêlé de désespoir.

A l’image de la plante qui lui donne son titre, le fiel coulant dans les veines de ce récit s’est éventuellement avéré indigeste;  j’ai dû m’arrêter avant la fin de la dégustation.

 

 

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