David Mitchell

Ghostwritten

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Sceptre (1999)

Ce roman était en attente sur l’une de mes listes de livres à lire depuis un bon moment.  Puis, chaque fois que je révisais mes listes, je trépignais d’impatience à la perspective de découvrir ces récits reliés entre eux.  Inutile de dire mon enthousiasme lorsque le moment est finalement venu de m’y plonger…

Okinawa, Tokyo, Hong Kong, Mont Emei (Chine), Mongolie, Saint-Pétersbourg, Londres, Clear Island (Irlande) et New York; c’est à un véritable périple que nous convient les neuf récits composant ce ‘roman’, dont la publication originale date de 1999.

Tout commence au Japon, par une histoire évoquant un événement ayant réellement eu lieu en 1995, une attaque au gaz toxique perpétrée dans le métro de Tokyo, et qui ici, vient d’être exécutée par un jeune homme appelé Quasar.  En fuite après avoir accompli sa mission, il suit à la lettre les instructions et autres enseignements proférés par les maîtres de la secte dont il est membre.  Lorsque l’argent vient à lui manquer, il passe un coup de fil et énonce le message codé qui a pour but de demander de l’aide.  Cet appel est reçu par Satoru, personnage du second récit, un jeune musicien gagnant sa vie comme commis dans un magasin de disques à Tokyo. Satoru dont l’existence semble marquée par la monotonie, est sur le point de tomber amoureux d’une hongkongaise qu’il ira éventuellement retrouver sur son île.  Puis, le hasard voudra que ce jeune couple croise Neal, narrateur du troisième récit, un avocat impliqué dans une histoire de blanchiment d’argent dont les tenant et les aboutissants se manifesteront quelque part parmi les récits suivants.

Liées par un fil plus ou moins direct, ces histoires évoluent à la fois en parallèle et en continuité les unes des autres si bien que de l’ensemble, résulte une sorte de vision globalisante du monde.  De fait, bien qu’il soit question d’amour, de corruption, de banditisme, de morale, de sexe, de recherche scientifique, de transmigration et d’autres sujets, ces récits visent à explorer quelques grandes questions existentielles.

Dans quelle mesure les gestes que nous posons ont-ils un impact sur la destinée d’autrui voire sur le sort du monde?  Notre univers n’est-il pas constitué d’une multitude de fils composant une même pièce d’étoffe?  Tout n’est-il pas lié? Sommes-nous aussi libres que nous l’imaginons?  Et si entre le hasard et le libre arbitre, nos destinées se dessinent tout en croisant de près ou de loin, celles d’autres êtres partageant un même espace temporel, une même réalité, à quelles lois cet univers dans lequel nous évoluons obéit-il?  Qu’est-ce que la réalité?

Vaste menu s’il en est.

Trentenaire à l’aube du millénaire, on peut imaginer que Mitchell s’est lui-même vu confronté à ces questions au moment de concevoir ce qui constituera sa toute première publication.  Un roman? Un recueil de nouvelles?  Un outil de réflexion? Parlons plutôt d’un objet littéraire hybride, mais aussi d’un ouvrage au contenu et à la conception bien en phase avec son époque.

Outre un clin d’œil à l’histoire récente d’une Chine sur le point de verser dans le consumérisme qu’on lui connaît aujourd’hui, quelques traits d’existences aux couleurs Mongoles, des impressions Russes sous le régime de monsieur Eltsine, le tout sur fond de guerre du Golfe et autres menaces nucléaires, ces récits sentent bon les années 1990 et le passage à un nouveau millénaire.  A la fin, la boucle est bouclée et l’on revient au Japon où Satoru tire ses conclusions.

Mais bien qu’il soit habilement constitué, cet ambitieux tour du monde demeure généralement à la surface des choses et verse parfois, comme c’est le cas dans le récit ayant pour titre ‘Hong Kong’, dans le cliché. Même constat chez les personnages peuplant ces récits;  tous sont suffisamment crédibles mais peu approfondis.

Neuf narrateurs donnent vie aux récits qui, outre la perspective, le contexte et la réalité qui les caractérisent, se démarquent également par leur ambiance, ce qui en soi, constitue un mini-exploit.

Sans être particulièrement stylisée, la prose est taillée à la mesure du cadre et de l’époque des récits. L’écriture, parsemée de quelques tournures originales, est vive dans l’action mais devient elliptique et chargée d’aphorismes lorsque la narration tente d’aborder l’un ou l’autre des thèmes, ce qui tend à ralentir le rythme des récits.

Cela dit, même s’il souffre un peu du passage du temps, ce roman, riche d’une conception innovante, témoigne d’un travail soigné et constitue un début très prometteur.

 

Notes:

1.Titre de l’édition française: Ecrits fantômes.

 

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