Dubravka Ugrešić

the Museum of Unconditional Surrender1

Publication originale, 1996

Traduit du croate vers l’anglais par Celia Hawkesworth

Phoenix House, 1998

L’exil, la transhumance, tout comme l’identité, figurent parmi les quelques sujets qui, depuis de nombreuses années, retiennent invariablement mon attention. L’oeuvre de Dubravka Ugrešić étant fortement imprégnée de ces thèmes, j’aurais donc eu fort à parier que l’un ou l’autre des romans et essais publiés par cette auteure rencontre à tout le moins certaines de mes attentes.  Cela étant, avec ce titre quelque peu étrange auquel s’ajoute un résumé peu bavard, c’est sans a priori que j’ai ouvert ce livre.

Dès l’abord, la présence de nombreux points communs entre la narratrice de ‘the Museum of Unconditional Surrender’ et l’auteur n’a certes pas manqué d’attirer mon attention: toutes deux sont des femmes nées en Yougoslavie le 27 mars 1949 d’une mère d’origine Bulgare et d’un père Croate; toutes deux sont écrivains et enseignent dans une université; toutes deux ont dû s’exiler au milieu des années 1990 pour se retrouver, dans un ailleurs perpétuellement renouvelé, avec pour seul avoir le contenu d’une valise et un passeport émis par un pays qui, pour ainsi dire, n’existe plus. Cela s’ajoutant au ton confidentiel adopté par la narratrice ainsi qu’à la teneur biographique du récit, disons qu’il n’en fallait pas plus pour que je sois tentée de tirer une conclusion au sujet de l’identité de la narratrice. A partir de ce point, ayant commencé à mettre en question la valeur fictive du récit, l’oeuvre étant à proprement parler dénuée d’intrigue, j’ai donc également été amenée à m’interroger au sujet du genre sous lequel celle-ci se classe.

Est-ce un roman ou un récit autobiographique?

Difficile de trancher et au final cela n’a guère d’importance dans la mesure où l’objectif visé par cet ouvrage s’exprime à un tout autre niveau. En effet, ‘the Museum…’ ne cherche pas tant à raconter une histoire ou à décrire un fait mais plutôt à illustrer et à transmettre une vision et une impression de ce en quoi consiste l’expérience de l’exil.

Epousant en quelque sorte la forme d’une exposition composée de courts tableaux numérotés, d’extraits de journal intime et de pièces typiquement autobiographiques, l’oeuvre met en scène les éléments épars, -c’est-à-dire parmi les expériences vécues celles dont la mémoire semble s’être le plus fortement imprégné-, composant l’existence et/ou la biographie d’un exilé. Lieux, personnages et dates défilent, illustrant au gré d’une profusion de scènes ou de tableaux, le déracinement et la confusion suscitée par une existence poussée vers un ailleurs indéfini.

Morcelée, fragmentée, parfois diffuse, la forme qu’épouse ce récit illustre bien, à travers le filtre de la mémoire, la perte de repères et l’éclatement propres à l’existence de l’exilé.

Pour qui ne l’a pas vécu, c’est une expérience dont il est difficile d’imaginer les multiples aspects, une expérience que l’auteur tente ici de transmettre sous divers angles, avec un réalisme dépassant le cadre de la fiction en adoptant pour ce faire, une approche littéraire certes, mais également une approche expérimentale du récit (auto)biographique.

Ingénieusement exécutée et dotée d’une saveur particulièrement originale, cette “expo littéraire” reproduit avec brio l’image/l’idée de l’éclatement, du morcellement et de la dispersion de l’existence tels qu’expérimentés par l’exilé. Certes cela donne lieu à un récit fracturé auquel on peine à s’attacher, mais le portrait qui en résulte est éloquent.

 

Notes:

1.Titre français: Le musée des redditions sans condition

 

©2015-2018 CarnetsLibres