Italo Calvino

 

Si (par) une nuit d’hiver un voyageur

Titre original : Se una notte d’inverno un viaggiatore, Turin 1979

Traduit de l’italien vers le français par Martin Rueff

Gallimard – Folio, 2015

Publié en 1979, soit six ans après son dernier ouvrage en date, ce livre de Calvino était sans doute très attendu. En effet, la réputation de l’auteur est déjà solidement établie lorsqu’il publie ce roman imprégné de l’esprit oulipien, si bien établie du reste qu’à cette époque, de conférences en séminaires, d’interviews en allocutions, il parcours le monde et sans doute, sans doute ne dispose-t-il que de peu de temps pour se plonger et s’investir à un univers fictif. Ainsi on peut penser que si le procédé narratif et le thème très littéraire qu’il explore ici pourraient témoigner de ses préoccupations du moment, la forme très morcelée ainsi que la minceur de l’intrigue quant à elles auraient bien pu être la conséquence d’un agenda chargé.

Quoi qu’il en soit, si d’une part je m’attendais à quelque chose d’inhabituel, d’autre part…

Je ne me doutais pas au moment de commander ce livre, qu’il avait fait l’objet d’une seconde traduction vers le français. Je n’ai pas prêté attention, je n’y ai pas regardé de plus près et ça n’est qu’au moment d’ouvrir l’enveloppe dans laquelle il m’a été expédié que j’ai remarqué le titre, et plus précisément l’absence du mot ‘par’ dans le titre sous lequel je connaissais (depuis longtemps) ce livre. Etonnée, j’ai donc investigué.

L’absence d’introduction ou à tout le moins d’une note explicative de la part du traducteur ou de la maison d’édition explicitant la nature ou les raisons de cette retraduction m’apparaissant suspecte, c’est donc avec un brin de méfiance que je me suis lancée dans la lecture du roman, effectuant en parallèle quelques recherches, lisant des extraits d’autres versions, et ainsi de suite.

Puis ironiquement, à l’image du personnage principal du roman qui souhaitant lire un roman précis, se retrouve à répétition avec un autre livre sous la main, comme je m’attendais à découvrir un récit proposant dix versions du début d’un même roman alors que je me suis vue introduite aux premières pages de dix romans différents, c’est avec un mélange de frustration et de curiosité que j’ai persisté dans ma démarche de lectrice.

Je dois avouer qu’au-delà d’une entrée en matière  tout à fait délicieuse, j’ai dû fournir quelques efforts pour suivre cette aventure jusqu’à la fin.  Si d’une part les pastiches de romans ne m’ont pas convaincue, les multiples interruptions ont vite freiné mon intérêt. Au surplus, tout au long de ma lecture, je n’ai cessé d’éprouver le sentiment que ce livre ne s’adressait pas à moi, mais bien à un autre lecteur, un lecteur que, sans doute en raison du contenu, j’ai visualisé sous la forme d’un étudiant en lettres.

Ainsi, aussi intéressantes qu’elles aient pu être, dans l’ensemble, les réflexions portant sur divers aspects touchant à la littérature ont suscité chez moi le sentiment d’avoir affaire à un cours sur le sujet, un cours qu’on aurait plutôt maladroitement maquillé (qui plus est, à la mode des années 1970) en roman.  Bref, loin d’éveiller mon intérêt ou ma curiosité, cet arrière goût de pédagogie m’a refroidie.

Cela ne m’a certes pas empêchée d’apprécier certains passages du livre, mais je dois reconnaître que seule l’ingéniosité avec laquelle ce projet littéraire a été conçu et réalisé m’a semblé réellement justifier l’effort de lecture; rien que pour ce dernier point, ça en valait la peine.

 

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