J.M. Machado de Assis

 

L’aliéniste

Première publication 1881

Traduit du portugais vers le français par Maryvonne Lapouge-Pettorelli

Editions Métaillé, 1984

Lu en format numérique

Pour une première approche en littérature brésilienne, j’ai choisi un auteur qui s’est bâti une solide réputation au fil d’une œuvre éventuellement devenue considérable et dont certains morceaux ont fait l’objet d’adaptations ou inspiré d’autres créateurs1. Traducteur, polyglotte et autodidacte, généralement reconnu comme étant l’un des plus grands écrivains du Brésil, J.M.Machado de Assis (1839-1908) reste donc un incontournable de la littérature de son pays.

Initialement publié sous forme de feuilleton par un journal de Rio et dans la même année que l’un des romans qui a fait la renommée de l’auteur2, L’aliéniste raconte, avec un temps de recul, l’histoire (retracée à travers les annales de la ville) d’un médecin appelé Simon Bacamarte. Après de brillantes études menées au Portugal Simon revient s’installer à Itaguaï3 sa ville natale.  Une fois marié, le quadragénaire décide de se consacrer à l’étude de la psychologie humaine, une science qui notons-le, en est à ses tous premiers développements à l’époque de la publication du livre4. Pour ce faire, Bacamarte obtient un financement de l’état et fait construire une maison qui portera le nom de ‘Maison verte’, maison où seront internés, observés et soignés les malades. En conséquence de sa nature expérimentale, cette aventure médicale voit éventuellement le nombre d’internés croître d’une manière si alarmante que cela finit par susciter la crainte chez les uns et la suspicion chez les autres.  Puis, lorsqu’un mouvement de révolte voit le jour parmi les citoyens, les autorités en prennent pour leur grade mais ça n’est qu’après un revirement de situation que la petite ville d’Itaguaï retrouvera enfin sa tranquillité.

Conté sur un mode satirique et avec une simplicité exemplaire, l’Aliéniste explore le thème du pouvoir; celui de la science et du savoir d’abord, puis par ricochet, celui dont jouissent les élus; pouvoir s’exerçant le plus souvent sur et au détriment du commun des mortels. Dans la foulée, l’auteur nous offre un portrait de la société de l’époque, portrait à travers lequel Machado de Assis exerce son sens de l’observation pour mettre en relief, d’une manière souvent caricaturale, diverses caractéristiques rencontrées chez ses contemporains.

Classique en son genre, peu complexe, livré dans une prose fluide et personnalisée par diverses expressions ou termes locaux, c’est un récit bien fait qui exhibe un juste équilibre entre la forme et le fond. Composé de courts chapitre, amusant et bien rythmé, l’Aliéniste se laisse lire sans difficulté et ouvre dans la légèreté quelques voies de réflexion qui ne manqueront pas d’interpeller une majorité de lecteurs.

 

Notes:

1.Incidemment, L’aliéniste a été adapté pour le cinéma par Nelson Pereira dos Santos en 1970 et a également été transposé en BD par Gabriel Bá (Scénario) et Fábio Moon (Dessin) (version française aux Editions Urban Comics, 2014)

2.Un roman paru en français sous le titre de “Mémoires posthumes de Brás Cubas”.

3.Itaguaï est une municipalité située au sud-ouest de l’état de Rio de Janeiro. En 2011 elle comptait 111000 habitants.

4.Ce récit a vraisemblablement été conçu à l’époque où Freud élaborait les premiers fondements de la psychanalyse.

 

 

©2015-2019 CarnetsLibres