Jamil Ahmad

The Wandering Falcon1

Hamish Hamilton-Penguin (2011-12)

Originaire du Pendjab, c’est à titre de fonctionnaire d’état que Jamil Ahmad a passé une grande partie de sa vie dans les régions frontalières du Pakistan. Régions isolées, parfois inhospitalières, elles se sont pourtant avéré riches en enseignements. C’est ainsi qu’année après année et d’un poste à l’autre, Jamil Ahmad consigne dans ses carnets les observations et autres notes qu’il transformera, au début des années 1970, en une petite dizaine de récits fictifs.  Faute de trouver chaussure à son pied, il devra attendre plus de trente ans avant qu’un éditeur propose de publier “The Wandering Falcon”.

Composé de neuf chapitres exhibant une certaine unité contextuelle ainsi qu’une progression relativement perceptible, cet ouvrage nous plonge parmi les sociétés tribales peuplant les régions frontalières du Pakistan.

Partant du Baloutchistan2 où, quelque temps après avoir trouvé refuge dans un camp militaire, un couple illégitime fuyant la rétribution des leurs donne naissance à un garçon, les chapitres suivants, au long desquels nous suivrons l’évolution du garçon, vont nous entraîner dans un parcours qui, passant notamment par les zones tribales3 pour aller jusqu’à l’extrême nord du Pakistan, nous amènera à la découverte de morceaux d’existences vécues au sein d’une variété de tribus et autres clans pashtounes.

Qu’ils soient militaire, mullah, chef de clan, jeune épouse, ou guide de montagne, grâce à des descriptions évocatrices, les personnages que nous croisons, tout autant que le contexte dans lequel ils évoluent, prennent peu à peu forme et substance sous nos yeux tandis que l’une après l’autre, leurs histoires mettent en relief certains aspects de la vie tribale tels que les relations intra et inter tribales, les règles régissant chaque clan, ou encore l’évolution marquant les relations existant entre les pashtounes et la société civile.

Fil d’Ariane traversant la plupart des récits, solitaire sans attache, marginal déraciné, le jeune garçon, appelé Tor Baz ou “faucon errant”, dont le destin depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, suit un parcours improvisé au gré des circonstances, demeure quant à lui, un personnage opaque et mystérieux.

L’époque n’étant pas clairement précisée, on peut, grâce à certains détails, situer le premier récit ainsi que la naissance du garçon au cours de la seconde moitié des années 1940, tandis que le dernier récit s’achevant au moment où Tor Baz est devenu adulte, pourrait donc se dérouler dans la seconde moitié des années 1960.

Respectueux de l’intégrité et des particularismes tribaux, Jamil Ahmad décrit avec empathie et réalisme un univers qu’il connaît bien. Grâce à une prose simple et poétique, il livre un texte à la fois imagé, clair et concis, qui tout en échappant à l’aridité documentaire, nous permet de découvrir sans effort une région et un peuple, à une époque où les principes de survie, la cohésion intra-tribale et les règles d’honneur constituent encore, mais plus pour longtemps, les principaux moteurs d’une existence (qu’elle soit sédentaire ou nomade) menée suivant des traditions ancestrales.

 

 

Notes:

1.Titre français: Le faucon errant.

2.Territoire partagé au cours du XIXe siècle, entre le Pakistan, l’Afghanistan et l’Iran, il fait l’objet, notamment du côté pakistanais, de revendications souverainistes de la part des baloutches.

3.FATA: Federally Administrated Tribal Areas.

 

 

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