José Saramago

 

Small Memories-A Memoir1

Originalement publié sous le titre ‘As Pequenias Memórias’ (Portugal, 2006)

Traduit du portugais vers l’anglais par Margaret Jull Costa (2009)

Houghton Mifflin Harcourt (2011)

Ayant lu il y a quelques années de cela deux romans de José Saramago2 qui tous deux m’ont laissée avec une impression suffisamment positive pour que l’intention d’y revenir ait survécu au passage du temps, étant d’autre part curieuse de découvrir comment cet auteur négocierait avec le genre autobiographique, j’ai donc été attirée par ce recueil de mémoires. Du reste, je dois avouer qu’à lui seul, le titre du livre avait de quoi retenir mon attention.

Pourvue d’un ton poétique et de jolies descriptions, l’entrée en matière laisse présager un ouvrage dévoilant quelques pans du passé de l’auteur, souvenirs délicatement tissés par une prose travaillée. Mais au-delà des premières pages, la suite, plutôt morcelée et servie par un phrasé au ton aimable et taillé sur mesure, évoque plutôt la conversation que l’envolée lyrique.

Si au travers de cette prose, que pour ma part j’ai trouvée un tantinet aseptisée, j’ai parfois pu percevoir la candeur du garçon qu’il a été, si parmi les traits d’humour de même qu’une certaine bonhomie j’ai pu déceler de la pudeur, de l’humilité, de la tendresse ou de la timidité, de manière plus générale, à tort ou à raison, j’ai également cru y déceler un certain inconfort ; un peu comme si l’auteur n’étant pas à l’aise, n’arrivait pas à trouver ses marques au sein de ce genre littéraire.  Si tel était le cas, on peut alors se demander ce qui a bien pu motiver la rédaction et la publication d’un tel ouvrage. Mais à cela, seul l’auteur pourrait donner une explication.

Quoi qu’il en soit, constitué de fragments de vie et de souvenirs livrés de manière plutôt éparse, c’est un livre dont la construction s’apparente donc plus à une série de vignettes qu’à un récit en bonne et due forme. Valsant entre enfance et adolescence, puis entre Lisbonne et Azinhaga (où l’auteur est né), les épisodes relatés se situent probablement au cours des deux décennies qui ont suivi la naissance de Saramago (1922), dans un Portugal qui est passé en 1926 d’une monarchie constitutionnelle à un régime autoritaire, tandis que son voisin l’Espagne est en proie (dans la seconde moitié des années 1930) à une guerre civile qui aboutira à un régime dictatorial, circonstances que l’auteur évoque quoique de manière plutôt brève.

Issu d’un milieu modeste, il livre ici une vision des lieux, des personnes, des ambiances et des événements ayant marqué ces années formatrices tels que sa mémoire les aura retracés et reconstruits plus de soixante dix années plus tard. Ainsi, certains chapitres de vie souffrent d’imprécision (un fait que l’auteur reconnaît d’emblée) tandis que d’autres semblent avoir été ‘recomposés’ pour les besoins du livre.

D’un événement à l’autre, les enchaînements sont souvent ténus, parfois forcés et à cet effet, il me semble qu’eurent t’elles été intégrées au corps du texte, les photographies présentées à la fin du livre auraient non seulement pu palier à cette faiblesse en jouant un rôle unificateur, mais au surplus celles-ci auraient bénéficié d’une signification plus tangible aux yeux du lecteur.

Enfin, à l’exception de quelques mentions à cet effet ainsi que de l’impression générale que l’on pourrait tirer de ces souvenirs, loin de dévoiler les bases ou les éléments fondateurs de l’œuvre de ce grand écrivain, ce livre constitue bel et bien un portrait, un portrait partiel et morcelé de l’époque et du cadre dans lesquels le garçon que fut l’auteur a évolué. C’est finement tissé certes, mais l’ensemble manque de substance, voire de cette touche créative que l’on s’attend de retrouver chez cet auteur.

 

Notes

1.Titre français: Menus souvenirs.

2.‘Tous les noms ‘ et ‘L’aveuglement’.

 

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