Juan Pablo Villalobos

Down the Rabbit Hole1

Traduit de l’espagnol vers l’anglais par Rosalind Harvey

& Other Stories (2011)

Premier ouvrage publié par Juan Pablo Villalobos, Down the Rabbit Hole, narré par Tochtli le personnage principal, trace en trois chapitres et en moins de 70 pages, un mini portrait de l’existence menée par ce fils unique d’un chef de bande et trafiquant de drogue mexicain. Enfant que l’on dit précoce, Tochtli vit, en cette seconde moitié des années 2000, aux côtés d’une poignée d’adultes, dans un palace isolé et protégé où, tout en rêvant d’ajouter un hippopotame nain à la ménagerie de la maison, il collectionne les chapeaux, s’auto-éduque sous la supervision d’un tuteur aux idées politiques arrêtées et passe ses heures libres à lire le dictionnaire ou à revoir des films de Samouraï dont il connaît les répliques par cœur.

Dépourvu d’intrigue, sorte d’instantané illustrant quelques mois dans la vie de Tochtli, le récit consiste donc en une suite d’observations et de réflexions inspirées par les expériences que vit le garçon.

Si certains sujets évoqués (à titre d’exemple mentionnons: l’histoire du Mexique, l’impérialisme, la violence (froidement disséquée par le narrateur), la relation père-fils, etc.), ouvrent quelques pistes de réflexion, le récit ne livre cependant que peu de matière à développer.

L’ensemble gravite donc autour du personnage principal. Du haut de ses sept ans, c’est un observateur inventif dont la compréhension partielle du monde donne lieu à une interprétation et une représentation de la réalité qui, à la manière d’Alice au pays des merveilles, prend des  allures disons inhabituelles.

Incidemment, c’est grâce à ce jeu de perspective, que Juan Pablo Villalobos contourne ici les lieux communs marquant la narco-littérature et nous livre en contrepartie un récit offrant une vision à la fois biscornue et révélatrice du contexte dans lequel évoluent ses personnages.

En dépit d’un certain décalage entre le mode d’expression et l’âge du garçon, le point de vue de l’enfant et plus précisément de l’enfant unique élevé dans un monde d’adultes pratiquement dépourvu de femmes, m’a semblé être bien supporté par le ton ainsi que par la personnalité du narrateur.

Quelques habiles jeux de mots, jeux d’esprit et marques d’humour contribuent au plaisir de la lecture, tandis qu’un glossaire proposé par la traductrice éclaire judicieusement les particularités rencontrées dans ce récit.

Incursion innovante dans le monde des narcotrafiquants, Down the Rabbit Hole, grâce à la candeur de son narrateur, ouvre une petite parenthèse de fraîcheur sur un univers particulièrement corrosif.

 

1.Titre de l’édition française: Dans le terrier du lapin blanc

 

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