Kim Young-ha

Kim Youngha

Your Republic is Calling You1

Traduit du coréen par Kim Chi-young

Houghton Mifflin Harcourt Publishing (2010)

Ayant en mémoire ‘Ice Cream’ et ‘The Pager’, deux nouvelles de Kim Young-ha, je m’attendais donc à retrouver avec ‘L’empire des lumières’, cette façon particulière qu’a ce jeune auteur de déborder le cadre des genres littéraires pour concevoir des récits dont l’originalité va de pair avec un regard franc et incisif sur la vie moderne en Corée.  Toutefois, pour ce quatrième roman, si Kim Young-ha reste en phase avec son projet littéraire, cet ouvrage m’a semblé moins investi au niveau de l’innovation tandis qu’il possède un caractère cinématographique évident.

Narré à la troisième personne et alternant les points de vue, “L’empire des lumières” relate sous forme de scénettes les événements marquant les vingt-quatre heures d’une journée  qui s’avérera déterminante dans l’existence de Kim Ki-yong alias Kim Song-hun, de Ma-ri son épouse et de leur fille Hyong-mi.  Au fil des heures marquant les chapitres du roman, nous assistons donc aux diverses situations auxquelles font face les membres de cette famille.  C’est ainsi que parallèlement à leurs expériences présentes, leur histoire personnelle nous est révélée.  Puis tandis que derrière les masques, nous découvrons le véritable visage de ces personnages, l’impact qu’auront les expériences vécues ce jour-là sur la suite ou l’ensemble de leur existence, prend peu à peu tout son sens.

Ainsi, c’est par le biais des interactions et du conditionnement social que ce récit aborde le thème de l’identité, un thème ici exploré suivant une approche visant à démontrer que l’existence serait en quelque sorte composée d’une suite de situations au gré desquelles nous posons des choix qui, par un effet cumulatif, façonnent l’être que nous sommes tout en déterminant la direction et la forme que prendra notre vie.  Faisant fi des aspects historiques et politiques propres au contexte dans lequel se déroule cette histoire, monsieur Kim parvient ainsi à illustrer la nature universelle du conditionnement social.

Dans la foulée, Kim Young-ha dresse un portrait évocateur, quoique succinct, de la Corée des années 1960, des années 1980 ainsi que des années 2000, un contexte dans lequel évoluent une poignée de personnages qui, bien que crédibles, semblent accuser une certaine distance par rapport à leur expérience.  Trait culturel ou faiblesse conceptuelle?  Difficile de dire.

L’écriture, est vive, nerveuse et s’accorde bien au rythme et au style du récit.2  L’intrigue est bien menée et judicieusement portée par la vision périscopique que lui confère la forme narrative adoptée par l’auteur.  L’ensemble du roman est homogène et cohérent mais quelques diversions par rapport au fil narratif, visant apparemment à créer un effet de style et/ou à enrichir la mise en contexte, peuvent gêner l’attention ou susciter un sentiment de longueur.

Accessoirement roman d’espionnage, foncièrement portrait de société, ‘L’empire des lumières’, fort des ingrédients qui le composent, atteint un habile équilibre entre le divertissement et la  “démonstration”, une recette qui ne sera pas sans plaire à un plus grand nombre de lecteurs.

 

Notes:

1.Titre de l’édition française: L’empire des lumières.

2.Lu en traduction anglaise, une traduction faisant étalage d’un niveau de langue étonnamment ‘commun’, si bien qu’il m’apparaît spéculatif de tenter apprécier la prose de l’auteur par le biais de cette version du roman.

 

 

 

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