Kukrit Pramoj

Pramoj

 

Four Reigns

Traduit du thaï par Tulachandra.

Silkworm Books (1998)

Né au sein de la noblesse thaïlandaise, Kukrit Pramoj (1911-1995) fut, tout au long de sa vie, un remarquable touche à tout.  Du journalisme à la politique en passant par les affaires et le cinéma, il a également laissé son empreinte en littérature.

‘Four Reigns’, son premier roman, rédigé de façon à répondre aux impératifs d’une publication épisodique dans un quotidien fondé par l’auteur, vit le jour au cours de l’année 1953 et fut traduit pour la première fois en 1981.

S’inspirant de ses expériences ainsi que celles de ses proches, Pramoj s’installe ici derrière Phloi, un personnage fictif évoluant dans un milieu proche de celui qu’a connu l’auteur, pour décrire l’existence que cette femme mènera au cours d’une période couvrant le règne des rois Rama V à Rama VIII, c’est-à-dire partant de la fin du XIXe siècle pour aller jusqu’au milieu du XXe siècle.

Le récit s’ouvre alors que Phloi, âgée de huit ans, quitte la maison familiale en compagnie de sa mère qui, exaspérée par les conditions auxquelles elle se voit confrontée en tant qu’épouse mineure, a décidé de partir refaire sa vie. Tandis que le fils aîné reste auprès de son père et de ses demi-frère et soeur, la jeune fille sera confiée à la gouvernante d’une des descendantes de la famille royale. Ainsi, Phloi grandira et sera éduquée à l’intérieur des murs du palais impérial et ne quittera ce lieu mythique que le jour où mariée, elle ira s’installer dans la résidence appartenant à la famille de celui dont elle devient l’épouse.

C’est donc depuis ces deux univers clos où, tels d’improbables courants d’airs, les échos du monde parviennent parfois à se glisser, que cette histoire nous est contée. Ainsi, tandis que le monde poursuit sa course, on découvre l’existence vécue par ces femmes confinées à l’intérieur des murs du palais, tandis que peu à peu l’on se familiarise avec leur mode de pensée ainsi que les us et coutumes propres à ce milieu et cette époque.

On assiste donc au parcours suivi par Phloi, qui, grandissant sous l’aile de sa bienfaitrice, s’emploie d’abord à devenir une dame de la cour irréprochable, tandis qu’une fois mariée elle se dédiera avec autant de diligence à son rôle d’épouse et de mère.

Incarnation de l’idéal et de la vertu féminine, Phloi est entourée d’une poignée de personnages qui, en raison de leur qualité caricaturale, ne servent essentiellement qu’à complémenter un tableau riche en détails culturels, tout en mettant en relief le message fondamental auquel tente de nous convier ce roman; à savoir que tout est impermanence et que par conséquent le but ultime de l’existence consiste à cultiver sa vertu tout en assumant son karma.

Ainsi, laissant à d’autres le loisir de réfléchir et de pourvoir aux problèmes sociaux, politiques, économiques et autres auxquels le monde est confronté, Phloi, non sans idolâtrer le père de la nation, s’emploie quant à elle, à honorer ses aînés et supérieurs, tandis que par ailleurs elle assume avec sagesse le rôle et  la position qui lui incombent, se donnant pour mission de maintenir la paix et l’harmonie au sein de sa famille.

Rédigée dans un style accessible à tous, cette chronique familiale,  présentée dans une édition qui gagnerait à être revue, devrait plaire aux amateurs du genre ainsi qu’aux lecteurs en quête de dépaysement culturel.

 

 

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