Louis Hamelin

 

L.Hamelin

La constellation du lynx1

Boréal (2012)

Né en 1959 dans la région de la Mauricie (Québec), Louis Hamelin s’est d’abord intéressé à la biologie avant de compléter une maîtrise en littérature. Son œuvre, entamée sur la fin des années ’80, s’inscrit dans la tradition littéraire nord-américaine tout en s’en démarquant, à la façon des Jacques Poulin et consorts, par sa particularité québécoise.  

La constellation du lynx, le septième roman de l’auteur, s’inspire des événements d’Octobre 1970 qui ont marqué l’histoire du Québec.  De ce fait, Louis Hamelin s’est attaqué à un sujet difficile voire risqué, d’une part en raison du nombre d’ouvrages portant sur le sujet et d’autre part, et surtout, en raison des zones d’ombres ainsi que des sensibilités qui sont restées liées à cette période de l’histoire du Québec.   Ceci dit, à l’issue d’un long travail, non seulement il s’en sort avec brio, mais au-delà de la Crise d’Octobre, c’est le portrait d’une nation qui se profile à travers ce roman.

Car plutôt que de nous proposer le traditionnel roman historique, l’auteur s’est servi de la fiction en tant que médium pour revisiter entre présent et passé, ce chapitre précis de l’histoire de son pays. Il en résulte un ouvrage original,  dont la forme s’accorde avec justesse à l’histoire qu’il raconte.

Partant d’une structure éclatée, le récit comporte de multiples aller-retour dans le temps, dans l’espace et au niveau de la perspective. De cette manière, il aborde les différents angles, les différents point-de-vue et de surcroît, les différentes hypothèses avancées au sujet de ces événements.

Cette construction contribue par ailleurs à donner du rythme au récit sans vraiment en affecter la continuité, étant entendu que cette histoire, en raison des nombreux points de vues pouvant être adoptés, peut difficilement s’accorder à une forme linéaire. Cela dit on doit s’accrocher, surtout si on ne connaît pas bien les faits car il est facile d’en perdre le fil.

La narration est énergique, marquée par une tension sous-jacente que l’on sent prête à exploser.

Les personnages et les lieux sont souvent introduits à grands traits ou dépeints de manière caricaturale, tandis qu’ils acquièrent plus consistance au fur à mesure que l’on avance dans le récit.

Les descriptions évoquent avec force un monde allant d’une nature sauvage, dépeinte avec soin, aux villes et villages reculés du Québec ou d’ailleurs, puis à l’univers particulier de chacun des protagonistes.

A l’exception de quelques phrases à la tournure fastidieuse ou survoltée, on croise dans ce récit, de belles images ainsi que des formules et jeux de mots qui ne manquent certes pas d’originalité. Car Louis Hamelin manie une langue à la fois crue, colorée, singulière,  dont le ton s’ajuste généralement bien suivant les situations et les personnages.

Il est à noter toutefois, qu’étant véritablement truffé de québécismes, ce roman exigera un certain ajustement de la part du lecteur non initié à cette forme du français.

Enfin, soulignons la qualité quasi irréprochable de cette édition.

Un roman remarquable au long duquel Monsieur Hamelin exhibe une grande et belle maîtrise de son art.

 

Notes

1. Titre de la version anglaise: October 1970

 

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