Lygia Fagundes Telles

La structure de la bulle de savon

Première publication 1978

Traduit du portugais vers le français par Inès Oseki-Dépré

Le Serpent à Plumes, 2000 (Alinéa, 1986)

J’ai hésité un peu avant d’aborder cette auteur car d’une part je n’en avais jamais entendu parler et je dois avouer d’autre part que son parcours très classique éveillait quelques doutes en moi. En contrepartie, étant parcimonieusement traduits, les écrits de cette grande dame des lettres brésiliennes étant peu évoqués parmi les cercles de lecteurs francophones ou anglophones, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre mais la curiosité l’emporta.

Puis, le hasard faisant parfois bien les choses, attirée par le titre un peu étrange de ce recueil, ce livre s’est avéré être pour moi l’un de ceux qui vous tombent entre les mains au moment où vous êtes le mieux à même de les apprécier.

Originalement publié en 1978, ‘La Structure de la bulle de savon’ est composé de neuf nouvelles, neuf histoires qui ont un tel caractère d’authenticité que je ne serais pas étonnée d’apprendre que certains éléments y participant ont sans doute été inspirés par les expériences personnelles et/ou professionnelles de l’auteur.

Ouvrant une fenêtre sur la culture et la société brésilienne tels que madame Fagundes Telles les aura elle-même connues et perçues, on découvre à travers ces récits divers personnages au moment où ils font face à une situation mettant à l’épreuve leurs convictions, leurs sentiments, leurs certitudes, etc.  Ce sont donc des portraits à travers lesquels l’auteur met en relief, et bien souvent dénonce, certains traits de société, d’époque, de caractère ou de famille.

Teintés d’ironie, de surréalisme, d’humour pince sans rire, d’érotisme, de suspense ou de mystère, ces récits nous plongent dans une variété de situations et d’ambiances, et explorent des thèmes tels que le racisme, les inégalités sociales, la religion, la condition féminine, etc.

Citons par exemple:

‘Le médaillon’ où un schéma social et familial se dessine en filigrane de l’histoire d’Adriana, une jeune femme qui à la veille de se marier donne enfin la réplique à une mère particulièrement acariâtre.

‘Le témoin’ montre sous un jour inattendu comment l’amitié que partagent deux hommes depuis plusieurs années est mise à l’épreuve lorsque l’un d’eux commence à exhiber des signes d’instabilité mentale.

‘La messe de minuit’ , nous introduit dans un milieu feutré où délaissée par son mari, une femme tente de chercher réconfort auprès d’un jeune homme séjournant dans la famille.

‘Gaby’ illustre par petites touches l’influence qu’a eu le contexte familial dans lequel il a grandi sur la personnalité et la vie d’un peintre.

Plutôt bien conçues, assises sur un échafaudage généralement simple, si elles se laissent approcher sans difficulté, c’est au gré d’une lecture ponctuée de pauses que j’ai apprécié et pu mieux m’imprégner de ces histoires.

Tantôt narrateurs, tantôt acteurs, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, riches, pauvres, les personnages sont variés. Leurs expériences faisant l’objet d’une attention particulière, leur personnalité est par conséquent soigneusement tracée.

Passant avec aisance d’un point de vue masculin à un point de vue féminin, Lygia Fagundes Telles est de ces auteurs qui semblent s’intéresser avant tout à la condition et à l’expérience humaine tel qu’elle s’exprime dans un contexte donné. Ainsi, lorsqu’elle aborde la dimension/condition féminine à travers l’un ou l’autre des personnages, c’est sans pathos et avec une finesse et une justesse que l’on ne rencontre pas souvent.

En phase avec la voix narrative, tantôt simple tantôt plus sophistiquée, rehaussée d’images et de formules soigneusement conçues, la qualité et le style de la prose exhibant par ailleurs une grande disparité d’un texte à l’autre, chose qui m’a laissée perplexe, sont difficiles à appréhender.

L’ensemble dévoilant une belle personnalité littéraire, ces nouvelles ont su bien capter mon attention. Puis, touchée d’une manière aussi singulière qu’inattendue par chacune d’entre elles, il va sans dire que mon appréciation n’en fut que meilleure.

 

 

©2019 CarnetsLibres