Mordecai Richler

Mordecai Richler

Barney’s Version1

Knopf Canada (1997)

Né à Montréal au début des années 1930, issue d’un milieu modeste au sein de la communauté juive anglophone de cette ville, Mordecai Richler, auteur d’une œuvre unique en son genre, une œuvre faisant en quelque sorte figure d’exception dans l’univers majoritairement francophone de cette partie du Canada, est l’un des écrivains les plus admirés de sa génération.

Sorti en 1997, dernier roman publié par l’auteur, on est presque tenté de voir Barney’s Version, comme une sorte de miroir fictif de ce qu’auraient pu être les mémoires rédigés par M. Richler tant Barney Panofsky, le narrateur, éclatant d’authenticité, a vite fait de nous convaincre de sa réalité.

Mais il va sans dire, tout comme c’est le cas pour un grand nombre de romans, qu’il y a tout de même un peu de M. Richler derrière cette fiction.

Narré à la première personne et composé de trois parties et d’une postface, ce roman raconte donc l’histoire personnelle de Barney, un sexagénaire né dans les années 1930 au sein de la communauté juive anglophone de Montréal.

Plus vrai que nature, Barney, un personnage issu d’un milieu populaire et d’une minorité culturelle, représente le parfait prototype du self-made man tel que l’Amérique de l’après-guerre a su en produire.  En cela, ce personnage n’est jamais loin d’être caricatural tant il possède toutes les caractéristiques d’une réalité bien concrète, celle des émigrés qui, peinant à se tailler une place au sein de cet eldorado en devenir, naviguent par ailleurs entre leur identité culturelle et linguistique et celle d’une nation qui, empêtrée dans ses propres combats, ne parvient que fort maladroitement à les accueillir.   Une réalité bien connue de Mordecai Richler et dont il a su se saisir pour créer un univers authentique qu’il revisite ici non sans une touche d’humour.

Mais Barney c’est aussi un personnage indubitablement humain, un homme qui traverse la vie armé de ses forces et de ses faiblesses puis habillé de ses qualités et de ses défauts, un personnage haïssable et attachant tout à la fois.  Dès les premières phrases ce narrateur imprévisible nous introduit à son univers, celui d’aujourd’hui et celui d’hier tous deux imbriqués dans un monologue parfois chaotique, haut en couleur, débité à un rythme dont l’intensité n’a d’égale que celle de cette existence qu’il nous dévoile et qu’il a menée semble-t-il, à tombeau ouvert, au hasard des rencontres, des amours, des nuits de fête et des impulsions du moment.

Des multiples personnages aussi authentiques les uns que les autres, aux lieux divers, -Paris et la Côte d’Azur, New York, Londres, Montréal et les Laurentides-; des existences modestes de la rue Saint-Urbain à l’opulence des grands palaces parisiens; de la littérature, au cinéma, à la télévision et la musique, au hockey et à la politique; des années 1950 jusqu’à la fin des années 1990; restaurants chics, bars, musées et autres; whiskeys, champagnes, cigares, bagels et caviar, tout y est.  Coloré, typé, tant dans la langue que dans la personnalité que dans le contenu, ce roman est un véritable festival de créativité, un admirable portrait d’homme et d’époque, un morceau de littérature comme il y en a peu.

A la fois drôle, touchant, divertissant, et entraînant, c’est avec regret, une fois la conclusion tirée, que l’on quitte cet imparable assoiffé de vie.

 

Notes:

1. Titre de l’édition française: Le monde de Barney

2. Ce roman a été adapté pour le cinéma en 2010.

 

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