Roland Rugero

Baho!

Vent d’ailleurs, 2012

Lu en version numérisée

Comptant parmi les rares romans écrits par un auteur né et vivant toujours au Burundi, il va sans dire que ce récit écrit par Roland Rugero constitue une belle invitation à la découverte d’une littérature qui, passant de l’oralité à l’écrit, peine encore à s’exprimer.

S’inscrivant dans un processus visant à mettre en relief la culture burundaise, l’auteur adopte, pour l’écriture de son second roman, un mode d’expression reflétant celui avec lequel, dans sa langue maternelle, il a grandit. A côté des formes poétiques, imagées, parfois teintées d’une certaine candeur ou imprégnées de couleurs parfois étonnantes, l’inclusion de proverbes et termes kirundis (traduits en français par l’auteur), on peut dire que les mots et les concepts qu’ils représentent, occupent une place centrale au sein de l’univers fictionnel dans lequel nous plonge le roman.  En témoignent les premières phrases du roman:

Kahise gategura kazoza     

Le passé prépare le futur

Les cieux sont nus en ce mois de novembre.

Honteux, ils essaient de tirer quelques nuages pour se couvrir sous l’impitoyable soleil qui met au jour, de manière résolue, délibérée et éclairée, leur nudité.

Nus, bleus.”

Outre les mots, on observe également, à travers le silence obligé du personnage principal ainsi que par le biais d’une communication entre les protagonistes qui semble sans cesse brouillée, que la parole (et ses lacunes) occupe une place centrale dans le roman.

Baho1 s’ouvre donc en automne, saison des pluies qui, en ces années de bouleversements climatiques s’avère marquée par une inhabituelle sécheresse. Tandis qu’elle mène ses chèvres amaigries brouter parmi la campagne, une vieille femme borgne à l’esprit vagabond est témoin de la capture d’un jeune homme qui, suite à un malencontreux quiproquo, n’a eu d’autre choix que celui de tenter prendre la fuite.  Confronté à la vindicte populaire, le jeune homme muet, bouc émissaire par excellence, est vite pris à partie et, sans l’intervention subtilement orchestrée par un tierce personnage, le sort qu’on lui réserve est sans équivoque.

Allégorie explorant notamment le thème de l’incompréhension, bâtie sur une intrigue simplissime à laquelle viennent se greffer une poignée de scènes, Baho offre un mini portrait en mosaïque d’une société marquée par son histoire ainsi que par la souffrance, l’intolérance, le ressentiment, la méfiance, la violence et l’ignorance.

Doté d’un jeu de perspectives plutôt bien maîtrisé et parsemé de quelques jolies tournures, servi par une narration que l’on sent parfois hésitante, ce récit, trop peu développé, constitue néanmoins un témoignage éloquent; une mise en bouche qui malheureusement m’a laissé sur ma faim.

 

Notes:

1.’Baho’ est un terme kirundi qui signifie ‘vivre’.

 

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