Sadegh Hedayat

 

The Blind Owl1

Première publication Bombay 1936 puis Téhéran 1941

Traduit du persan vers l’anglais par D.P. Costello

John Calder Publisher, 1957/Pan Books pour Picador, 1973

Pour diverses raisons, j’ai longuement hésité avant d’intégrer ce livre à mon plan de lecture. D’abord parce qu’abordant par là ma seconde œuvre de littérature iranienne, j’aurais normalement plutôt opté pour un roman qui me permette de me familiariser un peu plus avec le contexte culturel avant d’aborder une œuvre disons plus classique, telle que c’est le cas ici. Par ailleurs, comme il existe plusieurs traductions françaises et anglaises de cette novella, en l’absence de repère à ce propos, ayant du mal à estimer laquelle de ces traductions pourrait le mieux rencontrer mes attentes sur ce point, j’ai donc mis un temps à fixer mon choix. Finalement…

Ayant fait l’objet de nombreuses analyses, quelques adaptations pour le cinéma et une bonne quantité de commentaires, il m’est forcément difficile de parler de cette œuvre sans verser dans la redite. Outre les diverses interprétations que l’on peut faire de cette histoire, racontée de manière relativement confuse par un homme souffrant d’un mal de vivre et/ou plongé dans une crise existentielle qu’exacerbent sans doute sa consommation d’opium et d’alcool, je dois reconnaître que j’ai été agréablement surprise, voire fascinée non seulement par la forme adoptée, mais également par l’habileté avec laquelle l’auteur nous entraîne dans cet étrange labyrinthe mental où, au gré de transitions particulièrement fluides, il nous balade de scènes en images puis en réflexions diverses, démultipliant les tableaux sous nos yeux à la manière d’un incroyable jeu de miroirs.  Du reste, le tout se déroule d’une façon si… crédible, qu’à l’instar du narrateur, le lecteur finit pas perdre la notion du temps de même que par ne plus très bien distinguer le réel de l’imaginaire.

Techniquement c’est un ouvrage remarquable qui, taillé avec une imperceptible précision, exhibe un bel équilibre entre forme et contenu. Au surplus, soignée sans être sophistiquée, mais en phase avec l’esprit et la voix du narrateur, la prose m’a semblé bien contribuer à la crédibilité de la narration.

Portrait d’un homme torturé, récit d’une sombre désespérance dans lequel la nuit prédomine sur le jour, la laideur fait ombre à la beauté, la souffrance anéanti le bonheur et où, la matérialité de l’existence humaine appelle sans cesse à la nature libératrice de la mort, “The Blind Owl” laisse également entrevoir les marques d’une douloureuse lucidité.

Nonobstant l’esprit existentialiste dans lequel il baigne, c’est un récit qui, tant par les voies de réflexion qu’il ouvre sur la condition humaine que par ses qualités intrinsèques, tient assez bien le poids des années, tandis que comportant un juste dosage de psychologie, de philosophie et de surréalisme, il possède indéniablement un caractère universel. En deux mots, un classique!

Notes:

1.Titre français: La chouette aveugle

 

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