Alaa al-Aswany

Au soir d’Alexandrie

Titre original : الأشجار تمشي في الإسكندرية /Al-ashjār tamshī fī al-Iskandarīyya (Les arbres marchent dans Alexandrie), (Hachette Antoine, 2024)

Traduit de l’arabe vers le français par Gilles Gauthier

Editions Actes Sud, 2024

Né en Egypte, après une première formation de dentiste, Alaa al-Aswany s’est éventuellement tourné vers le journalisme avant de publier un premier roman en 1990. Puis au fil des publications qui ont suivi, il s’est taillé une place en tant qu’auteur et jouit désormais d’une réputation que l’on pourrait qualifier d’enviable. Expatrié, il ajoute une corde à son arc et enseigne maintenant la littérature dans une université étatsunienne. Parmi ses publications, la plupart semblant avoir été assez bien reçues, j’aurai donc eu l’embarras du choix, mais comme j’étais particulièrement intéressée par le sujet qu’il aborde, c’est sans trop d’hésitation que j’ai choisi de lire son dernier roman publié en date.

Le récit s’ouvre le 10 septembre 1964, à Alexandrie. Suivant les étapes d’une recette éprouvée, dans un premier temps il nous livre une petite description du contexte dans lequel une partie de l’action va se jouer.

Ainsi, nous découvrons tout d’abord le restaurant Artinos (du nom de son fondateur), lieu prisé par une clientèle sélect, à l’étage duquel se trouve un bar où, après la fermeture du restaurant, un petit groupe d’amis surnommé le Caucus, se réunit à intervalles réguliers pour boire un pot et échanger quelques potins et autres points de vue sur différents sujets.

Une fois cela fait, l’étape suivante consiste donc à introduire les personnages. Ainsi, d’un chapitre à l’autre, les membres du Caucus de même que certains de leurs proches nous sont présentés, après quoi le récit revient en alternance sur chacun des personnages dont les histoires, -passées et/ou actuelles-, nous sont peu à peu dévoilées. Ce faisant, quelques leçons de politique et/ou de psychologie humaine viennent compléter le tableau, veillant  ainsi à assurer la compréhension du lecteur.

Puis la vie suit son cours ; on travaille, on veille la nuit, on s’aime, on se chamaille, on fume, on boit, on fait l’amour, et ainsi de suite.

Aux abords du dernier tiers du roman les choses commencent enfin à se corser.

Peu à peu on est alors amené à découvrir comment, s’étant glissées en catimini au cours des huit dernières années, les tentacules du régime mis en place à partir de 1956 par Gamal Abdel Nasser, vont soudainement venir s’enrouler et se resserrer autour des personnages avec lesquels nous avons désormais pu acquérir une certaine familiarité.

Puis à partir du dernier quart du roman, tout se disloque.

Dès lors, la vie ne suit plus son cours, et le monde n’affiche plus que son imparable laideur. Désormais transformée en un lieu menaçant où chacun tente de sauver sa peau, l’Alexandrie que l’on aimait tant n’est plus.

Peu exigeant à la lecture, le roman se veut donc illustrer de manière simple et facilement compréhensible, les rouages par lesquels ce régime autoritaire aura fini par s’insinuer jusqu’à en ruiner les existences de tout un chacun.

Mais si entre autres traits propres à ce type de régime, l’espionnage, la délation, le nationalisme ethnocentré, le resserrement des contrôles et l’érosion des droits et libertés, viennent par leur occurrence insuffler quelque vraisemblance au récit, souffrant malheureusement de diverses maladresses, le cadre romanesque dans lequel ces éléments s’inscrivent prive l’ensemble des qualités littéraires sur lesquelles il aurait pu favorablement s’appuyer.

Narré sur un ton quasiment simpliste et parfois pontifiant, servi par une prose empâtée, le récit se déverse d’une manière que l’on peut qualifier d’élémentaire.

Stéréotypés, les personnages sont si peu nuancés qu’ils en deviennent prévisibles. Ne brillant pas particulièrement par l’intelligence, ils semblent n’avoir été conçus que pour servir, à juste titre, le propos du roman.

Quant au contexte, schématisé par quelques noms d’hôtels, de bars et autres lieux ainsi que par l’évocation de quelques événements ayant marqué l’histoire d’Egypte au cours de la seconde moitié du XXe siècle, il reste relativement flou.

Bref, compte tenu de ce qu’il semblait annoncer, j’avoue que je m’attendais à un ouvrage beaucoup plus étoffé. Mais au-delà des fous rires générés par l’insignifiance de certains passages, le sentiment de découvrir le travail d’un amateur, qui au surplus n’aurait pas su cibler son lectorat, m’a accompagné tout au long de cette lecture.

 

 

 

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