Médée en Burka
Titre original : Mήδειας Mϖούρκα
Traduit du grec vers le français par Hélène Zervas & Michel Volkovitch
Editions Le miel des anges (2022)
♦
En pleine découverte des œuvres d’Euripide, j’ai brièvement interrompu le fil de mes lectures pour aller voir ce que nos auteurs contemporains ont pu faire avec ou à partir de l’histoire de Médée. Parmi les alternatives, Médée en burka avait particulièrement attiré mon attention. Cette courte pièce d’un auteur grec dont je n’avais jamais entendu parler m’intriguait tant que je n’ai pas hésité longtemps avant de faire mon choix.
Ecrite en vers libres, la pièce consiste en un monologue livré par une Médée des temps modernes, une femme que l’on découvre au bord d’une plage, vêtue de sa burka, qui s’apprête à faire face à la fureur vengeresse de la population d’une ville où, en fuite aux côtés de Jason elle a échoué. Dans l’urgence de cette situation, elle revient peu à peu sur les événements ayant jalonné son parcours de vie et ont marqué son évolution personnelle pour l’entraîner, dans un inéluctable enchaînement, jusqu’au moment fatidique où elle aura commis l’irréparable.
Adoptant la voix et le point de vue de Médée, la pièce nous fait donc entrer dans l’univers de ce personnage, dont l’histoire est ici revisitée pour mettre plus particulièrement en relief une réalité qui d’hier à aujourd’hui n’aura jamais cessé de faire partie de l’expérience humaine : l’exil.
Présenté à travers le regard de l’exilée, de l’étrangère qui arrive en pays étranger, l’exil se traduit ici par, entre autres choses, une confrontation entre les cultures d’orient et d’occident.
Cette pièce ouvre ainsi de nombreuses avenues de réflexion. Au chapitre de l’exil, des thèmes tels que le déracinement, le questionnement identitaire, l’exclusion sociale, l’isolement et la solitude sont abordés. En accord avec le texte dont elle s’inspire, Médée en burka explore également le thème de la passion amoureuse et les souffrances que cela peut engendrer. Complétant le tout, on y retrouve également quelques éléments se rapportant au thème de la condition féminine.
Faisant écho à la pièce d’Euripide, infusée de ce qu’il faut de réalisme et d’actualité pour rejoindre un public contemporain, cette œuvre a eu pour effet d’actualiser et renforcer le sens que j’avais pu tirer de l’original.
Sèche et troublante, la voix que Flouràkis donne à sa Médée m’a vite entraînée dans son sillage, tandis qu’agréablement rythmé, le fil continu de son discours m’a bien maintenue jusqu’à sa conclusion.
Conçue et réalisée avec doigté, cette courte pièce a conforté mon choix de lecture, et en même temps elle a éveillé mon intérêt pour le travail de son auteur.
© 2015-2026 – CarnetsLibres
