Norma Jeane Baker of Troy1
Oberon Books, 2019
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Peu connue du grand public, c’est surtout parmi les cercles littéraires et académiques qu’au fil des années, Anne Carson s’est bâti une solide réputation, cela tant pour ses traductions (du grec ancien et du latin) que pour sa poésie. Née en 1950 à Toronto, philologue, essayiste, écrivaine, elle est également professeure d’université.
Bien qu’ayant apprécié quelques extraits de poèmes lus en ligne, intimidée par l’érudition de l’auteure autant que par le contenu que semblent annoncer les titres de ses publications, j’ai longuement hésité avant de tenter une première lecture en bonne et due forme. Puis éventuellement intriguée par l’étonnant amalgame qu’elle propose ici de deux personnages mythiques (Hélène de Troie et Norma Jeane Baker alias Marilyn Monroe) pour évoquer et explorer le concept de la beauté, je me suis donc lancée.
Commandée par The Shed, centre culturel newyorkais ayant pour mission de faire connaître des œuvres qui osent prendre des risques pour repousser les limites de l’art, cette œuvre poético-théâtrale a été présentée pour la première fois en 2019 au Kenneth C. Griffin Theater du même établissement.
Décrite comme étant une méditation sur le pouvoir déstabilisant et destructif de la beauté, elle met en scène une femme appelée Norma Jeane Baker, personnage traversé par l’écho d’Hélène de Troie telle que vue par Euripide. Puis la pièce se décline en deux fils que l’on découvre en alternance: l’un animé par ce personnage qui se présente sous deux identités, soit en Norma Jeane, soit en Truman Capote ; tandis que le second fil consiste en diverses considérations lexicales et historiques sur des termes grecs liés à l’histoire de la guerre de Troie et/ou à l’histoire d’Hélène de Troie et dont le sens peut avoir quelques résonances dans notre monde moderne en général, de même que dans l’histoire de Norma Jeane Baker.
Au fil des mots, les histoires et destinées des deux femmes s’entremêlent; on va de Troie à New York, de New York à la Californie, on passe d’un mythe à l’autre et d’une considération à l’autre, diverses personnalités sont évoquées, divers thèmes et divers termes sont mis en relief, etc. Et en filigrane de tout cela on voit apparaître le concept d’image, l’idée de la beauté, cette aura, cette étiquette que l’on porte malgré soi, et que l’on doit assumer, pour le meilleur et pour le pire.
L’écriture est à la fois incisive et poétique. Livré avec une étonnante parcimonie de mots, le texte est souvent allusif, de même qu’il possède un caractère transgressif.
N’étant pas distribuée en actes ou en scènes, de même que dépourvue de description ou d’instructions scéniques, l’oeuvre s’éloigne donc clairement des standards propres au théâtre moderne et s’inscrit dans un cadre nettement expérimental.
Renforcée par la mise en scène de Katie Mitchell, cette perception s’en trouve d’autant plus confirmée par les quelques extraits de la pièce que l’on peut visionner sur le Web.
Lecture déstabilisante s’il en est, bien que j’aie pu en apprécier l’écriture, je ne suis pas sûre d’avoir su trouver la manière de lire cette oeuvre.
Méditation poétique sur la beauté, sur l’histoire, et sur les mots, -les mots que l’on utilise pour nommer, décrire, et dire-, soit. Mais globalement, je n’en ai tiré que peu de choses, et au final ce drôle de morceau de littérature m’a tout juste laissée perplexe.
NOTES
1.Lauréat du Prix du Gouverneur Général du Canada 2020 dans la catégorie poésie de langue anglaise.
En français, Norma Jeane Baker de Troie, dans une traduction d’Edouard Louis, a été présentée entre autres lieux au Théâtre La Croisée des Chemins à Paris et au Théâtre Joliette à Marseille.
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