Dix mots – Prendre l’air

Ce jeu consiste à composer un texte dans lequel dix mots présélectionnés doivent apparaître.  Ici j’utilise DIX MOTS portant sur le thème de l’air, série de mots que j’ai empruntée à  www.dismoidixmots.culture.fr:

AILE ALLURE BULLER  

CHAMBRE A AIR

DECOLLER EOLIEN

FOEHN FRAGRANCE

INSUFFLER

VAPOREUX

. . . . .

PRENDRE L’AIR

-Tu te souviens?

-…?

-Tu te souviens comme de jour en jour peu à peu nous sommes devenus las, si las d’avoir tant travaillé que

-Et comment ! Entassés dans un trente mètres carrés, entre confinement et télétravail, depuis des mois nous n’avons rien fait d’autre que bosser, dormir, bosser, dormir.

-Oui, cette année l’hiver nous a paru bien long  

-Interminable.

-Le moment était venu pour nous de bouger un peu, d’aller nous aérer

-Puis sans réfléchir, j’ai lancé : ‘Et si nous faisions une petite pause?’

-Tout à fait et l’idée m’a paru si attirante que

-Sitôt dit, sitôt fait.

-Je n’ai pas eu à chercher très longtemps pour trouver ce qu’il nous fallait, et quelques jours plus tard, un vendredi

-Après avoir bouclé nos valises,

-Nous nous sommes mis en route

-Il tombait des cordes.

-A peine si on pouvait y voir quelque chose

-Heureusement que j’avais mis le Gé-Pé-Ès sur mon Smartphone !

-Et assuré une bonne provision de pastilles au gingembre

-Pour la route.

-Puis au bout de quelques heures, alors que l’après-midi était déjà bien avancé, nous sommes arrivés

-Ne nous sommes-nous pas arrêtés dans un bar?

-Bien sûr que si. Tel qu’indiqué par le locateur dans son message: ‘En ce qui a trait à la clé de la maison, vous pourrez la récupérer auprès du patron du bar donnant sur la place. Vous verrez, c’est facile à repérer, il est situé en plein centre ville, juste en face de la gare’,

-Nous avons bu un petit café.

-Puis après, à la sortie du village

-Le Gé-Pé-Ès est tombé. Plus de réseau!

-Nous nous sommes engagés sur un petit chemin

-Le Chemin des Alizés.

 -Qui sillonnait entre des terres en jachère

-Un véritable désert.

-Et arrivé au bout du chemin,

-La pluie avait cessé.

-Il y avait une maison

-Au milieu de nulle part.

-Toute habillée de lierres, surmontée d’une cheminée

-Avec une pancarte ‘A vendre’ dessus.

-Solidement plantée au milieu d’un grand terrain, ombragée par un magnifique tilleul, volets baissés, elle nous attendait dans un silence que seul le chant des oiseaux venait troubler.

Une fois la voiture garée, dès que j’ai ouvert la portière, j’ai immédiatement été happé par une douce brise

-Une sorte de foehn ?

-Qui transportait sur son aile les fragrances mêlées de petites fleurs et d’herbe humide

– Toujours pas de réseau.

-Admirant les lieux et appréhendant le calme, j’anticipais déjà le repos. Oui, pendant quelques jours nous allions pouvoir buller et respirer et nous ressourcer.

Puis  je me suis dirigé vers le coffre

-Il y avait une petite éclaircie quand je suis descendue de la voiture. Je m’en souviens. J’ai fait quelques pas. Je me suis étirée. On était bien. Si bien. Et soudain…

-Soudain, telle une girouette sous l’emprise d’un dieu éolien, j’ai t’ai vue, ma Gilberte, te mettre à tourner et à tourbillonner sur toi-même.

Et ta robe gonflée par le vent te donnait l’air d’être sur le point de décoller

-C’était marrant. Sur le coup j’ai éclaté de rire.

-Amusé par un tel accès de folie, je t’ai même décroché un petit sourire, et après

-Prise dans un tourbillon insensé, tourneboulée, je ne pouvais plus m’arrêter.

-Je suis entré dans la maison et j’ai déposé les valises dans le hall. Puis, j’ai fait le tour des pièces et j’ai ouvert les volets. J’ai même eu le temps de remarquer qu’on avait déposé un petit cadeau de bienvenue sur la table ; une bouteille de vin, des fruits et des gâteaux secs. Sympa, que je me suis dit. Ensuite je suis monté à l’étage et c’est par la fenêtre d’une des chambres que je t’ai aperçue de nouveau

-Tandis que j’étais entraînée par ce mouvement giratoire, un rideau de poussière soulevé par la force du vent, m’enveloppa et soudain, je me suis retrouvée comme dans une sorte de tube. Au même moment, en l’espace de quelques secondes, j’ai vu, depuis l’intérieur de cette étrange chambre à air, le monde tout autour s’effacer derrière un écran vaporeux.

C’était ahurissant!

Puis après, je ne voyais plus rien. Je ne sentais plus rien. J’étais comme possédée.  

-De là-haut, je t’ai vue, prisonnière de cet étrange tourbillon, tournicotant toujours à vive allure, en train de t’éloigner peu à peu à travers champs. 

Alarmé, j’ai dévalé l’escalier et quand je suis enfin sorti, tu avais disparu.

Gigiiiii, me suis-je alors écrié

Puis courant, hurlant comme un dératé, je t’ai finalement retrouvée, une dizaine de mètres plus loin, gisant sur le sol, inerte et molle comme un vieux chiffon.

Je me suis penché sur toi, et tout doucement je t’ai prise dans mes bras

-Inconsciente?

-Tu étais blanche comme un linge, on aurait dit que tu ne respirais plus. Alors, par instinct ou par espoir de t’insuffler un filet de vie, j’ai déposé un baiser sur ton front, puis sur tes lèvres, puis je t’ai transportée dans mes bras

-Jusqu’ici. Sur le canapé.

-Oui, c’est bien cela.

-…

-Ca va, ma Gigi? Tu n’as rien?

-Juste un peu patraque.

-Tu ferais mieux de te reposer maintenant.

-Mais dis-moi mon Lou, on est où?

-Repose-toi, ma Gigi.  Nous sommes arrivés.

-Arrivés? Mais où?

-Nous sommes arrivés à la campagne. Tu te souviens?

-…

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