La Storia
Titre original : La Storia (Turin, 1974)
Traduit de l’italien par Michel Arnaud
Gallimard, 1977
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On ne présente plus Elsa Morante tant son œuvre maîtresse, traduite en plusieurs langues et adaptée pour l’écran, l’aura fait connaître à travers le monde. Au demeurant, son nom ayant souvent été associé à celui d’autres célébrités telles que Pier Paolo Pasolini ou Alberto Moravia, on comprend vite qu’elle ait pu figurer parmi les personnalités les plus en vue de sa génération.
Née à Rome en 1912, Elsa Morante est encore toute jeune lorsqu’elle commence à écrire. Dès 1933 certaines de ses compositions sont publiées dans des magazines. En 1941 elle signe un premier recueil de nouvelles qui sera bientôt suivi par d’autres publications. Au début des années 1960, elle travaille sur un roman qui, s’il avait été publié, aurait été connu sous le titre de Senza i conforti della religione, un ouvrage dont elle reprendra certains éléments quand une dizaine d’années plus tard, elle s’attèle à l’écriture de La Storia.
Tel que le titre le laisse supposer, ce roman s’inscrit donc dans le cadre de la grande histoire et c’est exactement cela que l’on découvre en ouvrant le livre où, en guise de préambule au récit à proprement parler, puis au début de chaque chapitre et en guise de postface-, sont recensés les principaux événements ayant marqué le monde depuis le début du XXe siècle jusque vers la fin des années 1960.
C’est donc dans ce cadre qu’en 1941 on entre de plein pied dans le roman. On y fait la connaissance d’Ida, une veuve âgée de 37 ans qui en ce début d’année croise la route d’un jeune soldat Allemand en quête de plaisirs. Violée par cet individu de passage à Rome, Ida se retrouve enceinte. Puis après avoir tant bien que mal caché cette ‘honteuse’ grossesse, elle donne le jour à un petit bonhomme prénommé Giuseppe (Useppe).
Mère d’un ado appelé Nino, enseignante au primaire, et ne bénéficiant que de modestes revenus, Ida peine tout autant à joindre les deux bouts qu’à élever ses deux fils. Née d’une mère de confession juive et d’un père catholique, ayant graduellement pris conscience de la situation dans laquelle cette ascendance la place, elle doit désormais composer avec le danger et la terreur que lui inspirent le Nazisme.
La vie suit son cours tant bien que mal. 1941 cède à 1942 et ainsi de suite.
D’un chapitre à l’autre et d’une année sur l’autre, nous suivons donc cette héroïne ainsi que ses deux fils à travers les événements et autres difficultés auxquels ils devront faire face au cours de ces années tumultueuses. Timide et introvertie, intellectuellement mal pourvue, Ida s’avère toutefois aussi résiliente qu’une chienne protégeant sa couvée. Adolescent fantasque et arrogant, dès qu’il est en âge de le faire Nino endosse la fameuse chemise noire, pour éventuellement changer de camp et rejoindre un groupe de résistants qu’il suivra jusqu’à ce qu’une fois la guerre terminée, dégoûté par la politique, il décide de bifurquer dans une tout autre direction. Quant au petit Useppe, faible rayon de lumière dans un monde bien sombre, il saura se rendre attendrissant jusqu’à la fin. Enfin, outre quelques changements de décor, divers autres personnages ainsi que quelques chiens, chats, volatiles, et autres, viennent compléter le petit monde animant ce récit.
Ainsi nous traversons cette guerre avec toutes les horreurs, les terreurs, les misères et autres qu’elle aura pu semer, puis pendant qu’en fond de tableau le grand continuum de l’histoire déroule son interminable ribambelle d’évènements, c’est au cours de l’année 1947 que nous abandonnerons cette petite société à son triste destin.
Bien que posé dans contexte donné, par le biais des personnages mis en avant de même qu’à bonne distance des prises de décision et autres actions d’ordre politique, c’est une perspective quasi microscopique des peines et autres misères essuyées au jour le jour par le petit peuple que nous livre ce roman.
Narré à la troisième personne par un narrateur qui, allant parfois jusqu’au plus infime détail, semble donc avoir intimement connu ou pu observer de près une bonne partie des personnages, un narrateur qui de surcroît vient de temps en temps se glisser dans le récit avec des formules du type ‘Je n’ai pas pu vérifier l’emplacement exact de ce bistro’ (p.60) ou encore ‘Je ne connais Nora que par une photographie d’elle prise à l’époque où elle était fiancée’ (p.78), j’ai par conséquent assumé qu’il ou elle ait pu figurer parmi les proches de l’un ou l’autre personnages, ou encore qu’il ou elle ait eut accès à des sources sûres, et que son identité nous serait éventuellement dévoilée. Cela n’étant pas le cas, tandis qu’avançant dans ma lecture le caractère excessif de cette omniscience aura peu à peu effrité la confiance que je lui avais accordé au départ, cette caractéristique s’associant par ailleurs à de longues descriptions, digressions et autres exposés (parfois superflus), aura fini par également entamer ma patience et éventuellement de mon intérêt.
Dépourvu d’intrigue et évoluant essentiellement sur une trame chronologique, une fois la guerre terminée, ne sachant pas comment ni où s’arrêter, le récit tergiverse et patauge, pour finalement s’achever dans un bain de mélo.
Quant à la prose, excessivement méticuleuse de plus qu’exhibant quelques faiblesses d’ordre grammatical, elle n’aura guère contribué à mon appréciation et aurait sans doute pu bénéficier d’une petite révision.
Bref, en roman intéressant à certains égards, mais globalement mal exécuté.
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