Eugene O’Neill

Mourning Becomes Electra1

Lu en version numérisée (Project Gutenberg)

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Lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1936, plusieurs fois lauréat du Prix Pulitzer, Eugène O’Neill figure parmi les dramaturges les plus influents de même que parmi les plus appréciés par les amateurs du genre. Né en 1888, de parents d’ascendance irlandaise, tous deux acteurs et tous deux souffrant d’addictions, le petit Eugène est bientôt mis en pension où il peut tranquillement faire ses classes. Eventuellement renvoyé au bout d’une petite année à Princeton, O’Neill mène ensuite une vie instable, marquée par l’alcool et la dépression. Rattrapé par la maladie, c’est au cours d’un séjour au sanatorium en 1912 que prenant la plume il découvre sa véritable vocation. Son talent est vite reconnu. Prolifique, sa production est remarquable.

Jouée pour la première fois en 19312, Mourning Becomes Electra est une trilogie qui s’inspire directement de l’Orestie d’Eschyle.

L’histoire se déroule en Nouvelle Angleterre, au printemps 1865-66, soit au moment où la guerre de Sécession tire à sa fin. Parmi les civils attendant le signal du retour, Christine Mannon et sa fille Lavinia guettent l’arrivée imminente d’Ezra (époux et père) et Orin (fils). Dans l’attente de voir les deux hommes de la famille entrer en scène, on découvre d’une part la relation conflictuelle existant entre la mère et la fille et d’autre part comment et pourquoi, contrairement à Lavinia, la perspective de retrouver Ezra ne semble pas sourire à son épouse Christine. En effet, ayant plus ou moins discrètement noué une relation amoureuse avec le séduisant Adam, un cousin de la famille Mannon, Christine envisage le prochain retour d’Ezra avec moultes appréhensions. Tant et si bien que dans l’espoir de trouver une issue à une situation devenue insoutenable, peu à peu un plan se forme dans l’esprit de Christine, un plan que de concert avec son amant, elle compte mettre à exécution et qui, comme on le verra au fil des trois pièces, entraînera des conséquences on ne peut plus tragiques.

Hormis quelques ajustements, la trilogie proposée par O’Neill suit à peu près fidèlement la trame de l’œuvre dont elle s’inspire : le retour d’Agamemnon, le geste fatal posé par Clytemnestre, puis les conséquences qu’il aura par la suite, sont effectivement repris dans l’histoire que nous a concocté l’auteur étatsunien. Ajoutant au réalisme de l’ensemble, les relations existant entre les divers protagonistes sont bien mises en relief, ce qui donne plus de consistance à l’histoire et permet à un public contemporain d’adhérer plus facilement à l’intrigue.

On y retrouve également les principaux thèmes mis en avant par Eschyle: les principes de justice (personnelle et institutionnelle), les notions de responsabilité et de culpabilité, et enfin le poids et l’impact de l’héritage (ancestral, moral et psychologique).

Bien que plus colorés et plus appuyés que ceux dont ils s’inspirent, si de prime abord les personnages conçus par O’Neill m’ont semblé quelque peu cartonnés ou bi-dimensionnels, outre une évolution notable au fur à mesure que l’action se joue, l’auteur ayant eu le bon goût d’inclure des descriptions assez précises sur l’attitude, la posture, la tenue vestimentaire et même l’expression du visage des personnages, cela m’a permis de peu à peu concevoir la véritable teneur dont ils sont pourvus.

De la même manière, les scènes, les décors et l’aspect des personnages sont tous décrit avec une précision telle, qu’à la lecture j’ai pu facilement visualiser et me plonger dans le feu de l’action.

Les répliques sont vivantes, bien ficelées et rendent bien l’intensité des scènes. Les divers points de vue ainsi que les voix propres à chacun des personnages sont rendus de manière vraisemblable.

Malgré la primauté de l’écriture d’Eschyle et malgré le jeu des comparaisons auquel j’ai été tentée de me livrer au départ, l’intrigue étant bien menée et la tension solidement maintenue, j’ai vite et durablement été happée par le fil de l’histoire qu’Eugène O’Neill nous livre ici.

Puis tout au long de cette lecture, force me fut d’admirer l’adresse avec laquelle le dramaturge étatsunien restitue dans un tout autre contexte et orné de sa touche personnelle, ce grand classique de la littérature grecque.

Bref, j’avoue que ma première incursion chez cet auteur en valait si bien le détour qu’elle m’a donné envie d’aller découvrir plus avant son oeuvre.

 

1.Titre français : Le deuil sied à Electre.

2.La trilogie a fait l’objet de plusieurs représentations sur scène et a également été adaptée pour l’écran.

 

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