All is Burning
Penguin India, 1995
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Née à Kandy, à une époque encore coloniale où déjà les communautés singhalaises et tamoules se disputaient le pouvoir, Jean Arasanayagam (1931-2009) était prédestinée, en tant qu’eurasienne ou ‘Dutch Burgher’ (l’un de ses ancêtres néerlandais ayant émigré sur l’île au 17e siècle), à figurer parmi les témoins d’une période marquante de l’histoire du pays. Poète avant d’être nouvelliste, elle était également peintre et enseignante. Pur produit de l’histoire coloniale du Sri Lanka, elle se considérait comme une ‘outsider’ et c’est en tant que telle qu’elle observait et décrivait le monde dans lequel elle évoluait. Marquées par ses expériences personnelles, ses œuvres ont pour la plupart exploré des thèmes tels que l’identité, l’héritage, les conflits ethniques, le déplacement et la condition féminine.
Publié dans la seconde moitié de sa carrière et quelques années après que l’auteure ait abordé la soixantaine, on peut estimer que les nouvelles rassemblées sous ce titre soient nées d’un regard et issues d’une plume ayant atteint une certaine maturité.
Entre les confidences d’un tueur à gage (Man Without a Mask), les aventures vécues au cours d’une nuit par deux prostituées (Two Woman and an Apple), ou l’histoire d’une jeune femme qui confrontée à un lourd héritage familial cherche la manière de négocier avec ce qu’il lui en reste (Time the Destroyer), se glissent des effluves des conflits ayant marqué le pays (et la vie de l’auteure) au cours du XXe siècle. Entre autres histoires, celle de ce professeur qui, témoin d’une embuscade ainsi que des affrontements qui s’en sont suivis, aura réussi à assurer la protection de ses jeunes élèves pour voir ensuite sa sécurité de nouveau menacée au moment où il est appelé à témoigner de ce qu’il a vu devant les autorités (I Am an Innocent Man).
Puis au chapitre du quotidien, que l’on ait été enseignant toute sa vie durant (A Fistful of Wind), ou que l’on soit descendant d’une longue lignée de colons (The Innocents of the World), bien souvent on peine à joindre les deux bouts, on peine à se tailler une place dans la société ou même parfois à être soutenu par sa propre famille.
C’est ainsi que certains choisissent de partir à l’étranger, tantôt de manière illicite (The Journey), ou dans le but de pourvoir à son éducation (The Golden Apple of the Hesperides), ou tout simplement en quête d’une vie meilleure (The Sand Serpents), autant d’expériences qui le plus souvent se soldent par des leçons de vie auxquelles on ne se serait pas attendu.
Bref, on le comprendra par ces divers exemples, l’ensemble couvre une bonne variété de sujets.
Forts d’une approche descriptive, ces nouvelles mettent bien en relief le sens d’observation et le regard de l’artiste-peintre de l’auteure, qui alliés aux accents poétiques de sa plume, donnent lieu à une imagerie propre à entraîner une expérience immersive chez le lecteur.
C’est ainsi que sans trop s’en rendre compte, on se laisse porter par les images provenant de cet ailleurs où l’on découvre une réalité parfois surprenante.
En revanche, outre divers marqueurs culturels ainsi que l’usage de termes avec lesquels les non-initiés ne seront peut-être pas familiers (un glossaire aurait été utile), discrètement tissé à même le récit, le sens du propos ou le message transporté par ces textes ne se laisse pas toujours aisément saisir. Ils invitent donc sinon à une brève relecture, à tout le moins à une lecture attentive.
Enfin, si le point de vue féminin ainsi que l’appartenance à l’une ou l’autre des minorités ethniques et/ou religieuses du pays semblent avoir été privilégiés, il n’en demeure pas moins que ces nouvelles dans l’ensemble offrent un bon aperçu de la complexité de la réalité srilankaise telle qu’elle a pu se manifester aux alentours de la seconde moitié du XXe siècle.
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