Mia Couto

Les sables de l’empereur

Titre original : As areias do imperador (2015, 2016, 2017)

Traduit du portugais vers le français par Elisabeth Monteiro Rodrigues

Editions Métailié (2020)

On ne présente désormais plus l’écrivain mozambicain Mia Couto dont les œuvres, traduites en plusieurs langues, lui ont valu bien des honneurs parmi lesquels figure le prestigieux prix Camões (2013) ainsi que le Prix Neustadt (2014). Ajoutons que depuis 1998 Mia Couto est membre de l’Académie Brésilienne des lettres.

Couronnant une importante somme de publications dont l’essentiel est constitué de romans et de nouvelles, la trilogie ayant pour titre ‘Les sables de l’empereur’, originalement publiée en trois volumes1, a été réunie, pour le lectorat francophone, en un seul livre.

A la base, l’intrigue autour de laquelle s’enroule ce roman est plutôt simple: arrêté puis jugé pour avoir pris part à une insurrection contre la monarchie (Porto, 1891), le soldat Germano de Melo, un personnage fictif, est extradé en Afrique de l’est (Mozambique) avec pour mission d’y diriger un poste militaire. Débarquant à Nkokolani, un village fictif sis entre le Royaume de Gaza (1824-1895) au sud et le territoire contrôlé par les portugais au nord. A son arrivé, il est d’abord confronté à l’état déplorable dans lequel se trouve ce soi-disant poste, puis peu à peu il se familiarise avec les conditions de vie et la culture locale, découvrant par ailleurs la complexité humaine prenant part et/ou engendrant les guerres et conflits ayant cours dans la région. D’une chose à l’autre, son séjour dans cette ‘prison à ciel ouvert’ tourne vite à la déconvenue, mais le jeune homme (âgé de 23-24 ans), tombe amoureux d’Imani (âgée de 15 ans), la jeune africaine qui lui sert d’interprète, ce qui ne simplifiera en rien la situation dans laquelle il se trouve.

Principale narratrice du roman, Imani, -une jeune femme polyglotte, rompue à la culture portugaise, et exhibant une intelligence et une maturité hors du commun-, relate non sans faire référence aux us et coutumes des siens, les événements dont elle est témoin. En alternance avec Imani, le point de vue de Germano s’exprime à travers des lettres qu’il adresse à ses supérieurs et dans lesquelles il fait état de ses expériences et de ses observations. Quelques autres voix viendront ajouter leur point de vue au cours du récit, la plupart épousant également la forme épistolaire. Entre ces voix narratives donc, le récit va et vient, mettant en scène divers personnages, certains réels, d’autres fictifs, et se déroule ainsi en un long fil relativement discontinu. 

Intégrant une trame fictive dans un cadre historique plus ou moins bien tracé, un cadre que les lecteurs familiers avec l’histoire de cette région devraient pouvoir reconnaître, ce roman, dont la plus grande partie se déroule aux alentours des années 1895-96, nous introduit donc au contexte social, à la culture ainsi qu’à un chapitre de l’histoire mozambicaine. Ce faisant il met en relief entre autres thèmes ceux du colonialisme et du racisme, thèmes qu’il explore en s’attachant plus particulièrement à la notion d’incompréhension, sans oublier la place réservée aux femmes dans le contexte décrit.

Ca n’est pas la première fois qu’un auteur aborde cette période de l’histoire mozambicaine, et à l’égale d’autres ouvrages, on peut estimer que celui-ci propose ni plus ni moins qu’une transcription des faits, tels que vus, conçus, et interprétés par l’auteur. Le tout a évidemment la particularité dans ce cas-ci d’être livré dans ce langage imagé et cette écriture parabolique dont Mia Couto a fait sa spécialité.

Après avoir lu, il y a quelques années, un recueil de nouvelles écrites par le même auteur2 et dont le style d’écriture m’avait plutôt plu, j’avais envie d’y revenir, ne serait-ce que par le biais de ce seul roman. Bien que dépourvue de connaissances sur l’histoire du Mozambique de même que n’ayant jamais entendu parler de ce Ngungunyane ou du Royaume de Gaza dont il est ici question, j’anticipais bien sûr devoir me documenter, si bien que je concevais cette lecture comme une bonne occasion d’aborder ces sujets.

Or, en dépit de la documentation, il s’est avéré que je n’ai pas réussi au cours de ma lecture, à extirper à travers le fil plus ou moins chaotique de l’intrigue ainsi que d’entre les épaisses couches d’images, de proverbes, de rêves et de légendes enveloppant le récit, suffisamment de clés ni d’éléments me permettant de me repérer et de comprendre de quoi il était précisément question à mesure que je lisais le roman.

Dès les premières pages, bien que la forme narrative adoptée m’ait semblé intéressante, peinant à rentrer dans l’histoire, -était-ce moi, ou bien la traduction, ou bien était-ce dû à cette écriture par trop parabolique, à la faiblesse des voix narratives, ou au mode narratif qui ne serait peut-être pas compatible avec le type de récit, ou au manque de consistance des personnages, ou à autre chose ?-, quoi qu’il en soit, peu à peu l’ennui s’est si bien installé que j’ai dû fournir des efforts pour me rendre à la fin du premier volet. Enchaînant avec la suite, y relevant diverses incohérences, ne parvenant pas à m’intéresser à l’intrigue, ni au sort des personnages qui du reste m’apparaissaient n’être ni plus ni moins que des marionnettes obéissant aux décisions de l’auteur, le second volet aura suscité d’autres questions, celles-ci si peu édifiantes pour un écrivain de cette stature que je préfère ne pas faire état dans cette chronique. Parvenue au troisième volet, c’est dans l’impatience de voir le point final apparaître sous mes yeux que j’ai complété cette longue, trop longue épopée.

Bref, bien qu’à la base, ce projet littéraire possédait tous les ingrédients pour susciter mon intérêt, dans sa forme finale, valsant entre intentions et explorations diverses, le sens que l’auteur aura vraisemblablement tenté d’insuffler à ce roman m’a paru si hésitant, vague et imprécis qu’il aura tout simplement échoué à gagner mon adhésion ; je suis passé à côté.

Notes :

1.Ces livres ont pour titre respectif : Mulheres de Cinza/Femmes de cendre, A Espada e a Azagaia/L’épée et la sagaie, O Bebedor de Horizontes/Le buveur d’horizons.

2.The Blind Fisherman

3. Soulignons que ‘Les sables de l’empereur’ s’est vu décerner le Prix Jan Michalski en 2020.

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