Nétonon Noël Ndjékéry

 

Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis.

Hélice Hélas Editeur (2022)

Ayant planifié d’inclure quelques œuvres de littérature africaine au programme de cette année, c’est encore une fois au hasard des recherches que j’ai croisé ce roman dont le titre à lui seul avait de quoi attirer mon attention. Je ne connaissais rien au sujet du Tchad et je n’avais jamais entendu parler de Nétonon Noël Ndjékéry. Qu’à cela ne tienne, mon choix était fixé.

Puis au moment de réceptionner le livre, de la couverture, joliment illustrée et habilement conçue, au plan depuis lequel je pouvais déjà anticiper le périple d’un des personnages, jusqu’à l’étonnante chronologie comparative qui de l’année 652 à l’année 2021 dresse, en fin de volume, une liste des événements historiques ayant affecté le bassin tchadien, l’Afrique et le reste du monde, j’ai été agréablement surprise par le soin accordé à l’édition.

Forte de cette belle entrée en matière, une fois la lecture entamée, émerveillée par la beauté de l’écriture, j’ai vite compris que je tenais entre mes mains une œuvre de grande qualité.

Encadré par un prologue et un épilogue qui inscrivent la genèse du roman au sein d’une réalité toute contemporaine (Baga Sola, 2017), le récit s’ouvre sur la fin du XXe siècle, dans une Baobabia, -région alors partagée en quatre royaumes ; le Baguirmi, le Bornou, le Kanem et le Ouaddaï-, qui tente de survivre aux conflits et autres violences infligées par quelques figures dominantes se bataillant le contrôle du marché de la traite négrière transsaharienne.

Donc en ces temps-là, les chéchias royales dégringolaient des crânes tels des toits de case par grands vents. Et, anoblies ou non, les têtes roulaient elles aussi dans la poussière avec l’entrain sautillant de courges ensorcelées.’ (p.27)

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance du jeune Zeïtoun, malencontreuse victime dont le destin croise bientôt celui de l’eunuque Tomasta Mansour et celui de la belle yéménite Yasmina. Pris en étau entre chasseurs et exploitants de chair humaine, ces trois fugitifs vont unir leurs efforts pour tenter de sauver leur peau et gagner une liberté inespérée.

C’est à l’issue d’un long parcours que nos trois héros finissent par atteindre la ‘grande eau’ (lac Tchad) et trouvent refuge sur une kirta (île flottante) inhabitée. Peu à peu ils s’installent, apprennent à vivre en autarcie et fondent une nouvelle société basée sur des principes de liberté, de solidarité et de respect mutuel.

Nommée Keyba, tandis que l’île-refuge poursuit son étrange trajectoire sur les eaux du grand lac et que les générations s’y succèdent, de loin en loin, des échos provenant du monde, du monde qui poursuit sa propre (r)évolution, viennent peu à peu jusqu’à eux et vont éventuellement ébranler la paisible existence de ces inoffensifs insulaires…

Ainsi c’est au gré d’une improbable navigation et avec une agilité remarquable que Nétonon Noël Ndjékéry nous entraîne à travers plus d’un siècle d’histoire. Posant un regard à la fois humaniste et lucide, en dépit des violences qu’il évoque, c’est avec une facilité étonnante qu’il nous initie à ce passé trouble qui, connu ou méconnu, coule dans ses veines et celles de ses compatriotes.

Fignolé avec art, servi par une plume trempée de poésie et d’humour, ce roman est un véritable festin littéraire.

Une belle découverte. A lire sans modération.

 

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