Season of Migration to the North1
Titre original: موسم الهجرة إلى الشمال / Mawsim al-hijra ilâ ash-shamâl (1966)
Traduit de l’arabe vers l’anglais par Denys Johnson-Davies
Heinemann, 1969 – Penguin, 2003
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Bien connu parmi les amateurs de belle littérature, de Tayeb Salih on peut dire brièvement qu’il est né au Soudan en 1929, puis qu’après des études en science, il est parti en Grande-Bretagne pour y compléter sa formation. Devenu journaliste, il a travaillé entre autres pour la BBC, puis au Qatar pour le ministère de l’information, et au siège de l’UNESCO à Paris.
Après avoir publié quelques nouvelles, tandis que le Soudan, devenu indépendant en 1956, traverse une période marquée par les guerres civiles, Tayeb Salih travaille à ce qui deviendra son premier roman. Initialement publié sous forme de série par le magazine Hiwâr à Beyrouth, Season of Migration to the North paraît ensuite sous forme de livre.
Traduit en plusieurs langues, classique de la littérature postcoloniale désormais considéré parmi les plus importants romans de la littérature arabe, Season of Migration to the North s’est éventuellement taillé une belle place au palmarès de la littérature mondiale.
Narré par un narrateur dont on ne connaîtra pas l’identité, le récit débute dans les années 1960, au moment où de retour au village où il a grandi après sept années passées à l’étranger pour ses études, le narrateur rencontre puis fait connaissance avec Mustafa Sa’eed. Mystérieux personnage s’il en est, enfant du colonialisme qui, au vu du nombre et de la variété des témoignages rapportés par notre conteur, semble s’être construit une réputation telle qu’elle fait de lui une véritable légende.
Entre la légende et la métaphore, il n’y a qu’un pas ; un pas que sous l’égide de notre aimable narrateur, nous ne manquerons pas d’éventuellement faire, quoique notre hôte prendra un malin plaisir à nous confondre en nous entraînant, non pas en ligne droite, mais à travers moultes épisodes contés au gré de sa propre logique.
C’est donc par le moyen de cet habile échafaudage narratif, incluant jeux de perspective et autres aller retours géographiques et temporels, que Tayeb Salih insuffle à ce récit une tension qui s’avère solidement maintenue jusqu’à la fin.
Tout au long de la lecture, bien qu’il sème quelques pistes, on ne sait pas vraiment où il nous emmène, mais fascinés autant qu’amusés, on reste suspendus à ses mots tant on veut connaître la suite et savoir ‘qui, que, quoi’ se cache derrière ce Mustafa Sa’eed.
Ce faisant, allant et venant entre le Royaume-Uni et le Soudan, passant d’un cadre culturel à l’autre, puis parsemant le tout de quelques éléments à caractère symbolique, nous découvrons, dans un pays en transition, ce qu’il reste encore de la vie en mode traditionnel telle qu’elle est vécue et conçue par les habitants d’un village à vocation agricole.
Intégrant quelques scènes cocasses, quelques réflexions sur les retombées du colonialisme et sur les travers du post-colonialisme, ou encore sur la confrontation entre tradition et modernisme, puis entre nord et sud, l’ensemble est admirablement bien tissé.
Adoptant un ton tantôt neutre, tantôt poétique, sans être remarquable, la prose est fluide et surtout elle sert bien le récit.
Bien que tracés à grands traits, les personnages sont vraisemblables et le contexte dans lequel ils évoluent semble être fidèle à la réalité.
Bref, habilement conçu et bien ficelé, voilà un classique qui mérite entièrement cette appellation.
1.Titre français : Saison de la migration vers le nord
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