Gabriel Ruhumbika

Village in Uhuru1

Longman Group, 1969

Dans la foulée d’une première approche de la littérature tanzanienne2, j’ai eu envie de poursuivre mon exploration par le biais d’une oeuvre qui adopterait un point de vue différent. Une fois ma recherche lancée, les œuvres disponibles en traduction n’étant pas très nombreuses, j’ai vite compris que le choix allait être limité. J’ai cependant eu la chance de mettre la main sur un exemplaire de ce petit roman qui s’avéra répondre plutôt bien à mes attentes.

Né en 1938 sur l’île d’Ukerewe (lac Victoria), située dans la région du Mwanza, en Tanzanie, Gabriel Ruhumbika est probablement un enfant des Kerewe, principale ethnie peuplant cette île. Mais ayant choisi de poursuivre ses études, il est parti vivre à l’étranger et après avoir complété un doctorat à la Sorbonne, il s’est lancé dans l’enseignement, ce qui l’amena en divers pays et éventuellement jusqu’aux Etats-Unis où il exerce, pour le compte de l’Université de Géorgie, à titre de professeur émérite en littérature comparée. Long parcours s’il en est, au cours duquel, en aparté, monsieur Ruhumbika s’adonne à l’écriture.

Rédigé en anglais, Village in Uhuru, son premier roman, est publié en 1969. Il sera suivi de quelques autres ouvrages, qu’il choisit cette fois de rédiger en swahili. Considéré comme étant le second roman de langue anglaise à avoir été publié en Tanzanie, c’est une œuvre qui, par ailleurs s’inscrit dans la tradition des romans réalistes.

Après une brève introduction à l’histoire et à la mythologie d’une nation appelée Wantu (et que l’on devine être calquée sur le modèle des Kerewe), le récit, qui se déroule essentiellement sur une île du lac Mamamaji, débute en 1946 et nous introduit aux habitants de Chamanbo, village où grandit Balinde, fils unique de Musilanga, le chef du village. Peu à peu, au gré de divers événements, nous nous familiarisons ainsi avec l’histoire, le mode de vie, les croyances, les valeurs, ainsi que la structure sociale de cette microsociété.  Puis peu à peu, le récit évoluant dans le temps, nous découvrons, par le biais du personnage principal et à travers les changements auxquels cette microsociété se soumettra, l’évolution sociopolitique du pays de même que le rôle joué par les principaux acteurs du mouvement entamé par le Tanganyika African National Union ou TANU3, qui mènera éventuellement le Tanganyika à l’indépendance.

Ainsi c’est à un peu moins de trente ans d’histoire que nous convie l’auteur à travers ce petit roman. Plus descriptif et conciliant qu’objectif, sans être exhaustif sur le sujet traité, il a l’avantage de mettre en relief l’essentiel de l’expérience vécue au cours de cette période de changement, le tout avec une justesse d’observation qui témoigne bien de la relation intime qu’aura eu l’auteur avec le sujet.

Bien que la prose n’ait rien de remarquable, elle remplit bien sa fonction. Ainsi, les personnages, les lieux et le contexte prennent peu à peu forme et vie sous nos yeux, l’histoire est crédible et la narration nous entraîne plutôt bien dans son sillage.

On pourra cependant lui reprocher un usage relativement généreux de termes et d’expressions non traduits dans le texte (un glossaire est mis à la disposition du lecteur), mais la gêne engendrée m’a semblé minime en regard des enseignements que j’ai pu tirer de cette lecture.

NOTES

1. A propos du titre du roman, notons que ‘Uhuru’ est un terme swahili qui signifie ‘liberté’.

2.Voir : Abdulrazak Gurnah, Paradise

3.Parti politique fondé en 1954 par Julius Nyerere  

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